Un grand père de caractère.

A partir du récit de ma mère peu avant sa mort et traces bibliographiques retrouvées sur internet.

Adrien Alfred CHARPENTIER est né à PERNAY en Indre et Loire le 7 juin 1880.

Son père Lefroy Auguste était, comme son nom l’indique, charpentier.

Adrien Alfred était le dernier d’une famille de quatre enfants.

Son ainé, Armand, pris la suite de son père dans l’entreprise familiale et Adrien, dès le certificat d’étude, partit en apprentissage comme sellier-bourrelier vers l’age de 14 ans.

Le jeune Adrien fit son “tour de France“ comme compagnon. Baignant dans un milieu plutôt anarchiste et franc-maçon, il en gardera une sérieuse haine pour tout ce qui est religion. Mon Grand-père était un “bouffeur de curés“.

A vingt ans, il s’engage dans l’armée pour trois ans. Il est affecté comme cavalier au 9° escadron du train hippomobile. Je n’ai pas d’information sur cette période.

Il est libéré en aout 1903 et s’installe à Nueil sur Layon (Maine et Loire). Un an plus tard, il épouse Marie BAUMARD, originaire de cette paroisse.

Il va alors se lancer dans ce qui sera la grande passion de sa vie : la viticulture.

En 1905, il achète sa première vigne à Nueil, puis de nouvelles parcelles en 1912, ainsi qu’une maison.

En 1905 nait son fils ainé : Henri. On reparlera de lui un peu plus loin.

Il est mobilisé pour la guerre de 14 au 9° escadron de train, mais en raison de ses compétences en sellerie est détaché à l’arçonnerie de Saumur le 24 septembre 1914, puis titularisé en 1916. Il échappera ainsi à la grande boucherie de 14/18.

Ce ne sera pas le cas d’un de ses grands amis qui lui fera jurer avant son départ au front de s’occuper de sa jeune femme au cas où il ne reviendrait pas. Et c’est, malheureusement, ce qui se produisit.

Démobilisé en 1919, il entreprend de monter une exploitation viticole. En 1920, il loue puis achète une maison et des terres au Clos Buisson à Saint Hilaire Saint Florent à coté de Saumur.

En 1921, il achète une maison et des dépendances au Bois Brard à Saint Hilaire Saint Florent, maison qui deviendra la demeure familiale.

En 1932, il loue une cave et des bâtiments annexe à proximité de sa maison d’habitation. Il en deviendra propriétaire plus tard. Ce sera le siège de son entreprise (production, vignification, mise en bouteilles, commercialisation).

Il n’a pas oublié sa promesse à son ami décédé à la guerre : Il a embauchée sa femme pour l’administration.

En 1936 et 1939, il acquiert des terres au Bois Brard qui vont constituer un ensemble important qu’il met en vignes.

En 1940, il achète une petite maison toujours au Bois Brard.
A la veille de la guerre de 1940, l’entreprise, malgré quelques déboires, tourne à plein.

Revenons à son fils Henri. Henri fait son service militaire en 1925 et est libéré en 1928. Mon grand-père décide de l’embaucher dans son entreprise et l’envoie comme représentant de commerce. Il lui a même acheté une voiture (rare à cette époque). Malheureusement, le jeune Henri n’est pas des plus sérieux et même grand train. Vers 1936-1937, c’est la catastrophe. Henri contracte une forte dette de jeu et mon grand-père voit arriver les huissiers. Homme d’honneur, il s’engagera à payer la dette, ce qui l’obligera à vendre quelques unes de ses propriétés (A Nueil probablement). Henri ne perd rien pour attendre et il est sommé de se ré-engager dans l’armée où son père à encore de bonnes relations.

Plutôt que de se conformer au dictat, Henri disparaît. Pendant plus d’un an personne ne sait où il est. Jusqu’à ce que les gendarmes viennent informer le grand-père que son fils est à Hendaye, assez gravement blessé. Il s’était engagé auprès des républicains espagnols. Le Grand père prend le train et va chercher son fils. On le soigne. Mais les revenants d’Espagne ne sont pas bien vus et il faut rester discret. Eclate la guerre de 40 et l’occupation allemande. L’état d’Henri encore handicapé lui évite de partir au STO. Mais les allemands traquent les anciens de la guerre d’Espagne et il faut alors le cacher, d’abord dans la cave (c’est une grande cave à vin creusée sur plusieurs centaines de mètres dans le tuffeau avec deux branches), puis dans un grenier quand vers la fin de la guerre, alors que Saumur est bombardé, les soldats allemands réquisitionnent la cave comme abri. Après la guerre, Henri ira s’installer en Auvergne ; les rapports entre le père et le fils étant plutôt froids.

Quand à la femme de l’ami, la collaboratrice, mon grand-père ne tardera pas à l’inviter dans son lit. Il la logeait dans une dépendance de la maison de famille : la “petite chambre“, puis quand les enfants furent tous partis ; les deux femmes, la légitime, Marie Beaumard et l’illégitime cohabiteront dans la même maison. J’ai un vague souvenir étant enfant, de cette femme, très discrète, cachée même, que je n’ai du rencontrer qu’un ou deux fois et que l’on m’a présenté comme une tante. Mon grand-père régnait en maître sur sa maisonnée et ma grand-mère Marie a gardé le silence et s’est pliée à cette situation. Cependant, catholique très pratiquante, elle le vivait très mal et vers la fin de sa vie, sa raison vacilla et l’on du lui faire subir des soins psychiatriques (cure de sommeil, électrochocs).

Pendant la guerre, mon grand-père était pétainiste, mais vouait une haine farouche aux “boches“. Il n’aimait non plus pas beaucoup les juifs et j’ai souvenir dans mon enfance de réflexions sur la Shoa qui aujourd’hui conduiraient au tribunal.

Une anecdote de cette époque : Pendant les bombardements de Saumur, vers la fin de la guerre, un petite troupe allemande avait réquisitionné la cave pour se mettre à l’abri. Les allemands d’un coté, les français de l’autre. Voilà qu’une de mes cousines, alors enfant, probablement à cause de l’humidité et de la fraicheur du lieu, tombe malade. Forte fièvre et pas de docteur accessible car les ponts avec la ville sont coupés. Or, il se trouve un médecin parmi les allemands. Le Grand-père préfèrerait voir mourir sa petite fille que de s’abaisser à aller solliciter les boches. C’est ma mère qui le fera en cachette et la cousine sera sauvée.

Les allemands étaient très friands des vins français, notamment de ceux du Val de Loire. Ils payaient fort bien leurs achats et les grandes maisons de vin de Saumur ont toutes assis leur fortune sur cette collaboration. Mon grand-père n’a jamais voulu collaborer avec eux. Après la guerre, ne pouvant tenir la concurrence des grandes caves qui s’étaient largement enrichies, il le paya du déclin de son entreprise. Peu à peu, la misère s’installa. Il fallu vendre des maisons et des terres. On arracha la vigne pour tenter d’autres cultures, dont aucune ne fut vraiment rentable. Son second fils était handicapé mental suite à une polyomélite, ce qui entrainait des frais supplémentaires. Ce sont mes parents qui maintinrent tant bien que mal cette maisonnée financièrement à flot jusqu’au décès des grands-parents.

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