Orage sur le Balaïtous

Ce jour là, nous avions projeté de faire l’ascension du Balaïtous par la voie normale en famille.

Petit problème, lorsque j’ai voulu réserver, le refuge était complet. Qu’importe, nous camperons un peu au delà du refuge, ce qui aura en plus l’avantage de nous rapprocher du but.

Quoi de plus romantique ?

Comme bien souvent, à l’ouest des Pyrénées, la vallée est sous une épaisse couche de brume qui distille un désagréable petit crachin. Mais nous savons qu’en fait, il règne un grand beau temps en altitude au delà de 2000 m, au dessus de la mer de nuage.

Comme prévu, nous émergeons au soleil un peu avant la raide montée sous le refuge de Larribet dans le vallon du même nom parsemé de pins cembros.

Une petite pause au refuge, ou nous refaisons le plein d’eau et nous continuons vers la brèche de la Garenère et les lacs de Batcrabère.

A proximité du grand lac, nous cherchons un endroit pour planter la tente. Ce qui n’est pas évident car le terrain est soi trop pentu, soit encombré de blocs, soit loin d’un point d’eau…

Finalement, nous jetons notre dévolu sur un joli petit cambou (espace herbeux, plat) ou serpente un ruisselet.

Pour être en conformité avec le règlement du parc, nous attendons que les ombres s’allongent, assis au milieu de notre barda.

18h ! soudaine activité, nous montons la tente. Le sol est bien un peu spongieux et les piquets s’enfoncent presque trop facilement. Les matelas et les duvets sont déroulés. La cuisine installée.

Quand on lève la tête, quelques cumulus, pas bien menaçants, accrochent les hautes arêtes rougissant avec le soleil couchant.

D’un coup, le soleil passe derrière une crête et un petit vent frais vient secouer mollement la tente.

Le repas du soir, préparé sur un seul réchaud, nous occupe un bon moment, puis nous gagnons nos duvets. A deux adultes plus deux enfants, la tente est un peu juste. Être serrés, nous tiendra chaud au petit matin.

Chacun sombre doucement dans un sommeil réparateur des efforts de la journée.

Vers minuit, je suis réveillé par un fort coup de tonnerre. Du fond de nos duvets, nous suivons la progression des détonations. Les éclairs s’invitent à travers la toile. L’orage est maintenant sur nous, les coups se succèdent et se superposent presque en continu. Le déchirement de la foudre à faible distance nous fait dresser les cheveux sur la tête (pas qu’au figuré !). Puis la pluie arrive dans un coup de vent. Des grosse gouttes, furieuses, martèlent la toile dans un grondement qui couvre les éclats de l’orage. De puissantes rafales couchent la tente dont les arceaux de fibre de verre plient sous l’assaut. Sans avoir eu à nous concerter nous sommes tous assis soutenant de notre mieux le fragile édifice. Le roulement augmente encore sous l’impact de gros grêlons.

Puis progressivement le calme revient. L’orage s’éloigne du coté de l’Espagne.

Mais pointe une nouvelle menace plus insidieuse. Dans le silence qui se rétablis doucement, le murmure du ruisselet s’est transformé en grondement d’un important ruisseau. Nous constatons à chaque mouvement des gargouillis peu sympathiques sous le tapis de sol.

Il faut en avoir le cœur net, armé de la frontale, j’ouvre la glissière de la tente intérieure. Dans l’abside les gamelles et le réchaud baignent dans 5 cm d’eau. Dehors, je constate avec effroi que nous sommes entourés d’une mare d’eau ou flottent des glaçons gros comme des billes. Seule le bord relevé du tapis de sol nous protège encore de l’invasion.

Dans la nuit noire, sous la pluie, il n’est pas raisonnable d’envisager une évacuation, et pour aller où ?

Heureusement, avec l’accalmie, le niveau d’eau finit par baisser. Seules quelques petites venues d’eau se font jour au niveau des coutures. Nous nous recroquevillons assis sur nos matelas pneumatiques pour ne pas mouiller les sacs de couchage.

La nuit s’écoule, enfin plus calme, interminable. Le sommeil nous gagne à nouveau. Vers 5h du matin, alors que nous grelottons dans nos duvets humides, le jour commence à pointer. Dehors “le temps est bouché“. Nous renonçons à la poursuite de l’excursion, enfournons rapidement nos affaires plus ou moins mouillées et prenons sans même manger la direction du refuge.

Alors que sous le crachin, nous arrivons à la brèche de la Garenère, un fantôme vêtu d’une cape de pluie surgit du brouillard. Un homme, un anglais, hagard qui se précipite vers nous. Véhément, il nous incite à le suivre et nous découvrons une femme assise sur un bloc, trempée, manifestement choquée, à coté d’une tente en lambeaux.

Ayant campé sur la crête, le coup de tabac et la grêle ont déchiré la tente, mais le plus grave fut la foudre qui les frappa. Pas de brûlures apparentes, mais un état de choc et d’hypothermie manifeste. La femme est prostrée, incapable de bouger et l’homme surexcité.

Ma femme et les enfants restent avec eux afin de les accompagner et les rassurer, alors que je déboule jusqu’au refuge pour donner l’alerte. Ma petite famille me rejoindra un peu plus tard avec les sauveteurs qui ramènent les sinistrés.

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