Les Crêtes de la Blanche

ou une affaire qui aurait pu mal finir.

du 29 au 2 janvier 1977

Avec Pascale LAVIGNE, nous avions décidé de réaliser une traversée à ski sur plusieurs jours des crêtes de la Blanche dans les Alpes de Haute Provence.
Nous partons de l’abbaye de Laverque le 29 décembre par un temps splendide, juste après une petite chute de neige qui a repeint la montagne en un blanc immaculé.
Notre première étape est la maison forestière de Plan-Bas où nous passons notre première nuit.

Ensuite notre itinéraire remonte à travers la forêt de Lavero, puis franchis le col du Vautreuil et descend dans le vallon du même nom.
Le vallon du Vautreuil est suspendu au dessus de la vallée et la domine par une barre rocheuse qui n’est franchissable que par un raide couloir à son extrémité Ouest.
Pour la troisième étape, nous n’avions pas prévu de rejoindre ce fond de vallée, mais d’effectuer une traversée dans des pentes entrecoupées de barres en direction du « Jas Viel ».
C’est pour cela que le soir du 30 nous plantons sans aucune inquiétude notre tente juste au dessus de la barre rocheuse, sur un magnifique belvédère et par un ciel immaculé.
Dans la nuit, je suis réveillé par le chuintement de la neige qui tombe sur la toile. Un rapide coup d’oeil dehors confirme l’information. Il neige à plein temps.
Au petit matin, le matériel est vite plié et nous décidons de descendre le couloir en dessous de nous pour rejoindre le fond de la vallée et chercher une cabane où nous abriter.
Le vent s’est levé et la visibilité est très réduite. Nous longeons à bonne distance une corniche qui domine un vide cotonneux nous laissant deviner entre les rafales de neige des rochers très raides. Nous finissons par venir buter contre le versant de Roche close sans avoir clairement vu de couloir, ni de discontinuité dans la corniche. Il est, bien sur, hors de question de franchir cette dernière, sans avoir la certitude de déboucher sur une pente de neige et non des rochers.
La décision est prise de remonter au col du Vautreuil et de rejoindre la cabane de Plan-Bas.
Nous progressons à l’aveuglette dans un dédale de petites combes encombrées de congères quand nous déclenchons une plaque à vent sans conséquences, puis un peu plus loin une deuxième.
L’avertissement est suffisant et nous décidons de replanter la tente à l’abri  relatif d’un petite barre rocheuse et d’attendre que la météo nous soit plus favorable. Nous avons dans nos sacs des vivres pour plusieurs jours et ma foi, nous pouvons attendre.


L’après-midi passe puis vient la nuit sans que la tempête ne s’interrompe. Dans ces conditions (hurlements du vent, claquements de la toile de tente, froid qui s’insinue à travers les matelas mousse, dureté de la couche de neige…) le sommeil est haché et la nuit d’hiver interminable.
Le matin du 31, le petit jour n’apporte pas d’amélioration. Nos duvets sont humides, heureusement, il ne fait pas très froid. Dans ‘après midi , il faut déplacer la tente car une congère menace de l’engloutir. Nous terminons l’opération complètement trempés. La journée s’écoule interminable et revient une troisième nuit encore plus interminable. Le vent tombe et le ciel se dégage. Il fait brusquement très froid. Nous grelottons dans nos vêtements mouillés et nos duvets devenus inefficaces. Pour tenir nous brûlons nos dernières cartouches de gaz.
Le premier de l’an, au petit jour, nous plions, et sans problèmes engageons le retour vers le col du Vautreuil. Ce dernier est franchis avec les premiers rayons du soleil.


Délivrance…

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