Pâques 1979 : Un grand projet qui fini en Bérézina

Nous en parlions depuis peut-être déjà un an : un grand raid à ski sur le versant Espagnol de Gavarnie ; partant de la vallée d’Estaubé en France, passant par la brèche de Tuquerouille, le lac glacé, le col du cylindre ; culminant au Mont Perdu, puis revenant en France par la Brèche de Roland ; avec, pourquoi pas, l’ascension du Taillon au passage.
Nous avons minutieusement préparé le matériel et le ravitaillement pour une semaine d’autonomie totale avec refuges non gardés et même, si nécessaire, bivouacs dans la neige.
Donc, après une journée de route et une nuit sous la tente, nous nous retrouvons à 3 (Bruno TALOUR, Pascale VADOT et un compagnon dont je n’ai pas gardé trace du nom) au parking sous le barrage des Gloriettes au dessus de Gèdre.


Il fait grand beau (comme toujours quand on arrive dans les Pyrénées, c’est après en général que cela se gâte).
La montée au refuge d’Estaubé se fait sans gros problème, sauf que nous constatons que de grosses chutes de neige humide ont précédé notre venue plâtrant les faces rocheuses, et générant de nombreuses avalanches.


Dans ces condition est-il bien raisonnable de s’aventurer dans des pentes très fortes comme celle du couloir de la brèche de Tuquerouille, ou la face Nord du Mont perdu ?

Il fait tellement beau et doux que pascale et moi décidons de bivouaquer dehors devant le refuge. histoire de contempler les étoiles.


En fait nous n’auront pas à trancher sur cette question, car arrivé au refuge, notre compagnon s’aperçoit qu’il a oublié d’emporter ses lunettes de soleil. Ni Pascale, ni moi n’en avons en double et le risque d’ophtalmie nous paraît trop important pour être pris.
Du coup, il ne nous reste plus qu’à descendre à Gavarnie pour en acheter une paire.
Adieux brèche de Tuquerouille et face Nord du Mont Perdu, nous modifions notre programme, nous allons gagner Gavarnie en passant par la Hourquette d’Alans, puis remonter au refuge des Sarradets. la Brèche de Roland nous donnera accès au plateau du versant Espagnol et après une nuit à Goritz nous feront l’ascension du Mont Perdu.
La Hourquette d’Alans est franchie sans problèmes et apparaît alors un nouveau contretemps. Pascale a ré-enduit ses peaux de colle avant de partir et cette foutue colle reste en partie attachée à la semelle des skis qui du coup ne glissent plus du tout !
L’ambiance se dégrade franchement et la descente traine. Enfin au bord d’un ruisseau, les semelles des skis peuvent être débarrassées de cette fâcheuse colle avec du sable et pas mal d’huile de coude.


Nous arrivons finalement à Gavarnie, midi passé. les magasins sont fermés jusqu’à 15 h et il faut donc encore attendre.
Quand notre compagnon est enfin muni de ses précieuses lunettes, il est au moins 15h 30. Nous remontons le plus vite possible le sentier du vallon de Pouey-Aspé. Compte tenu de l’heure, il n’est plus possible de rejoindre avant la nuit le refuge des Sarradets (appelé aussi refuge de la Brèche de Roland). La cabane de Pouey-Aspé nous hébergera.

Il pleut dans la nuit et le lendemain matin. A la faveur d’une éclaircie, nous repartons. La pluie revient et nous nous réfugions un peu en dessous du col du Boucharo dans la Cabane des Soldats, une construction traditionnelle pyrénéennes à voûte de pierres enfouie au ¾ sous la neige.
L’intérieur est à peu près propre et des banquettes de pierres contre les murs vont permettre de nous allonger au sec.
Le repas terminé, nous déroulons nos tapis mousse sur les banquettes, nous enfouissons dans nos sac de couchage en duvet et entamons une nuit réparatrice.
Sur les deux heures du matin, une goutte d’eau qui me tombe sur le visage me réveille : pile en plein dans l’œil !
Je me pousse un peu pour m’éloigner de la gouttière, mais d’autres gouttes apparaissent un peu partout à la voûte de pierre, se détachent et viennent frapper le précieux duvet. Mes compagnons subissent les mêmes problèmes. Nous inspectons les voûtes à la lumière des frontales à la recherche de zones épargnées. Nous nous déplaçons plusieurs fois, mais la pluie de lourdes gouttes nous rattrape à chaque fois. La fin de la nuit se poursuit, trempés, grelottants et recroquevillés dans des encoignures.
Au petit jour, il faut bien se résoudre à plier bagage et à redescendre sous la pluie battante. Il existe à Gavarnie un chalet du CAF qui pourra peut-être nous héberger…
Au chalet, l’accueil du gardien est glacial. Le chalet est fermé hors saison et nous n’avons qu’à nous trouver un hôtel au village.
Nous tournons en rond dans la petite localité, rasant les murs pour échapper à la pluie. En fin quand vers 18 h le nouveau bulletin météo est affiché au syndicat d’initiative, il faut nous résigner, le temps est pourri pour plusieurs jours, aucune amélioration en vue.
Nous décidons la retraite. Il faut encore une bonne heure de stop et autant de marche pour retrouver notre voiture et c’est à la nuit tombée et trempés jusqu’aux os, sans plus rien de sec, que nous reprenons la route de Grenoble.

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