Oudon, paradis de mon enfance

Oudon (Loire Atlantique)

Oudon fut le paradis des vacances de mon enfance.

Oudon, le bassin et la tour.

Oudon est une commune de la Loire Atlantique, entre Ancenis et Nantes. Le village est situé en rive droite de la Loire à la confluence d’une petite rivière appelée le Hâvre. Dans ce secteur, le fleuve est relativement encaissé (une soixantaine de mètres). Divers hameaux se dispersent sur le plateau. Avant que soient ouvertes les grandes routes automobiles, le principal accès aux hauteurs en rive gauche du Hâvre était la Côte Saint Aubin, redoutablement pentue. Le rebord du plateau, bien exposé aux vents d’Ouest supportait plusieurs moulins.

La famille de mon père était à Oudon depuis environ 1700, date à laquelle un lointain ancêtre, René TALOUR, venant d’Anjou s’établit dans cette communauté en tant que Maître couvreur d’Ardoise.

Son fils René (2° du nom) fut une figure locale, puisque lors de sa mort, le curé nota sur le registre HH (Honnête Homme) et tenu à préciser qu’il savait lire, écrire et compter et qu’il avait été marguillier de la paroisse.

Ainsi, naquit une dynastie de couvreurs, charpentiers et menuisiers qui perdura jusqu’à la fin du 19° siècle.

L’entreprise familiale était sur la Côte Saint Aubin, dominant la Loire.

A la suite de je ne sais quels déboires, cette dernière disparu corps et biens dans la seconde moitié du 19° siècle. (il n’y a aucune trace de biens ayant appartenu aux TALOUR dans les actes de succession dont je dispose).

Mon arrière grand père, Louis Marie, après avoir exercé quelques temps comme menuisier, rompit la tradition et devint meunier, puis boulanger, probablement employé ou associé des DELORME, dont les moulins se trouvaient également sur la Côte Saint Aubin et propriétaires de la boulangerie du village.

Mon grand père, Joseph, est l’oublié (volontaire ?) de la famille et ce qui suit a été reconstitué à partir des archives départementales et militaires.

Né en 1882, il prend la suite de son père. En 1902, il s’engage à l’armée volontaire pour 3 ans. En 1904, il est soldat musicien. En 1905, revenu à la vie civile, il redevient patron boulanger et épouse le 14 février 1906 Marie DELORME, fille de son employeur (ou associé).

Entre 1906 et 1911, catastrophe, la boulangerie à dû fermer et mon grand père se retrouve devoir travailler comme journalier. Finalement, grâce à son frère Charles, cheminot, il trouve un emploi à la Compagnie des Chemins de fer de l’Ouest et déménage à Saint Nazaire.

Mon père Robert, nait en 1910 et mon oncle Olivier en 1914.

Le chemin de fer étant stratégique, de 1914 à 1919, il est maintenu dans son emploi et échappe ainsi à la grange boucherie.

Malheureusement, il décède prématurément le 11 octobre 1923, laissant sa famille en détresse financière.

Marie rentre à Oudon dans la maison familiale de la Côte Saint Aubin où elle va cohabiter avec sa sœur célibataire, Eugénie (dite Tante Nini). Elle dispose d‘une maigre pension de veuve de la SNCF qu’elle complète par un travail de lingère (un atelier spécifique est installé dans une dépendance de la maison. On en reparlera).

Entre temps, l’activité meunière de la familles DELORME a périclité, concurrencée par les grandes minoteries industrielles. François DELORME, le père de Marie, qui possédait des terres, s’était alors reconverti après 1911 dans la viticulture, les annexes des moulins devenant celliers.

La “Tante Nini“ travailla d’abord comme employée de bureau (1926) puis, ayant hérité de terres, pris la suite de son père dans la viticulture.

La “Tante Nini“ détestait mon grand père, qu’elle considérait comme un faignant (non mais, un musicien !) et probablement comme responsable de la faillite de la boulangerie. Elle pris l’ascendant sur ma grand mère Marie qu’elle ne traitera pas toujours bien, mais qui financièrement était plus ou moins dépendante d’elle. Ceci explique qu’enfant, quand je m’enquérais tout naturellement de mon grand-père, Ma grand-mère se taisait et Eugénie se contentait de me répondre en grommelant qu’il était mort et changeait vite de conversation. J’avais l’impression que l’on le cachait un lourd secret de famille.

Au décès de mon grand-père, mon père qui n’avait que 14 ans et son certificat d‘étude ne pouvait rester à charge de sa mère et fut envoyé à Saumur, dans une famille amie (Les BRETONS) qui le firent embaucher comme ouvrier aux établissements BORET, grainetiers.

De Saumur, on allait à Oudon en train (mon père n’a pas eu de voitures avant ….) : l’express jusqu’à Ancenis, puis ensuite l’omnibus. C’était toute une aventure ! Je me souviens des wagons d’alors dont les compartiments ouvraient sur le quai, tirés, bien-sur, par une locomotive à vapeur. La ligne Lyon-Nantes fut électrifiée bien plus tard.

Nous logions dans la maison de ma grand-mère sur la Côte Saint Aubin. C’était, dans les premières années où je l’ai connue, une bâtisse de pierre sans aucun confort, bordant la route d‘un coté et donnant sur un jardin, de l’autre. Elle était surmontée d’un grenier et une buanderie y était accolée.

Coté jardin, un auvent de tôles couvrait une cuisine extérieure avec deux fourneaux à bois.

Marie et Eugénie Delorme devant le fourneau extérieur.

Les WC étaient au fond du jardin, cabane de bois, posées sur un trou dans la terre. A la maison, on se servait de seaux émaillés de bleu, dits “hygiéniques“.

En plus d’un couloir, la maison comportait 3 pièces. Une petite cuisine donnait par une porte vitrée sur l’arrière. Il y avait un lavabo de pierre avec un robinet d’eau froide, une table pour 4 ou 5 personnes et des chaises. Point de réfrigérateur ou de gaz, la nourriture était conservée dans un garde-manger grillagé accroché au mur et la cuisine se faisait sur la cuisinière à bois. Une porte vitrée donnait sur la chambre de la Grand-mère, espace assez bien meublé avec notamment un magnifique buffet breton sculpté. Un couloir, donnant sur la rue, divisait la maison en deux. Une grande pendule à balancier en occupait le fond, merveille pour mes yeux d’enfant, qui sonnait les heures et les demi-heures (même la nuit!)

De l’autre coté du couloir était la chambre de la “Tante Nini“. Elle était suffisamment vaste pour pouvoir accueillir trois lits. Quand nous étions là en vacances, un paravent en accordéon isolait un espace réservé à la tante.

A proximité de la maison se trouvait un puits maçonné et couvert de lauzes, avec son treuil en bois auquel pendait un seau. Il était fermé par une porte grillagée afin que personne ne risque d’y tomber. Une pompe à balancier permettait d’y tirer de l’eau. Eau qui finissait dans un petit bassin à coté. C’était un grand plaisir pour moi d’être autorisé à manœuvrer cette pompe et à faire couler l’eau dans le bassin.

Une gouttière amovible en zinc permettait d’envoyer l’eau de la pompe vers une conduite enterrée qui finissait dans la buanderie. Cette dernière était constituée d’un petit bâtiment voûté accolé à la maison. La seule ouverture était une porte qui donnait sur la rue. Le sol était dallée de grandes ardoises. On y trouvait un bassin de lavandière en béton et un gros chaudron en fonte posé sur un fourneau de pierres.

Ce lieu faisait également office de salle de bain. On remplissait le chaudron d’eau pompée dans le puits, puis on allumait un feux de bois dans le foyer sous ce dernier. La pièce se remplissait agréablement de vapeur et l’eau chaude servait à faire sa toilette.

Pour nous , les enfants, une fois le feux mourant, nous avions le droit de prendre notre bain dans le chaudron, comme dans les histoires de cannibales faisant cuire un explorateur blanc.

La maison comportait un grenier où l’on accédait par un raide escalier de pierres. C’était pour moi un lieu magique où j’étais de temps en temps autorisé à accéder. Mon oncle Olivier y avait un atelier très bien outillé et je pouvais y bricoler. Le fond du grenier était encombré des caisses et cartons contenant autant de trésors.

Quelques marches permettaient d’accéder depuis la maison au grand jardin potager qu’une allée divisait en deux. Au bout de l’allée, un portillon franchissait un muret surmonté d’un grillage qui séparait le jardin des installations viticoles : les celliers. C’était le domaine de la “Tante Nini“ et de mon oncle Olivier qui était, je crois, son salarié. Il y avait aussi, un peu à l’écart, le moulin, dépourvu de ses ailes, avec à l’intérieur, la meule et les engrenages en bois. Un escalier vermoulu, et à l’accès formellement interdit (je n’ai jamais pu tromper la vigilance de la tante) s’élevait à l’intérieur de la tour.

Le moulin.

Les celliers étaient des bâtiments bas, sans fenêtres, tout en longueur. L’un d’entre eux abritait le pressoir. Le premier que j’ai connu était à vis. Il sera plus tard remplacé par un appareil horizontal mû par un moteur électrique.

Il m’arrivait de participer aux vendanges, mon père prenant des congés pour donner un coup de main.

A l’extrémité du plus grand cellier donnant sur un chemin se trouvait un quai de déchargement et une large porte coulissante ouvrant sur l’égrénoir composé de deux rouleaux crantés écrasant les grains. La vendange passait ensuite dans le pressoir, enceinte carrée de lattes placées verticalement, où on la répartissait soigneusement à l’aide d’un griffe. Une fois le pressoir remplis, des madriers étaient disposés sur la vendange et l’on abaissait en le tournant le lourd chapeau de fonte qui se vissait sur la la colonne centrale. Un fois qu’il reposait sur les madriers, deux imposants vérins venaient écraser les madriers et la vendange en dessous. La pompe à huile était manœuvrée de haut en bas avec une grande barre métallique. Au début, un enfant, comme moi, pouvait la manipuler. Un fin de pressage, le poids de deux hommes pendu à la barre était nécessaire.

Le cliquetis de la pompe rythmait l’opération, entrecoupée de pauses pour abaisser d’un cran la tête du pressoir (tous les 10 cm ?).

Le mou (le jus du raisin) coulait dans une rigole du socle en béton et se déversait dans un cuve enterrée d’où on le pomperait le lendemain pour remplir les cuves de fermentation qui occupaient le fond du local.

Un fois la pressée terminée, il fallait encore remonter la tête de fonte puis enlever les lourds madriers de chêne. Le marc (raves, peaux, grains) était alors évacué à l’extérieur à la fourche.

Les hommes épuisés rentraient tard à la maison. Devant tous les vendangeurs réunis, on “pesait“ alors le mou avec un densimètre en verre pour évaluer sa future teneur en alcool et tout le monde avait droit à un délicieux verre de jus trouble (même nous, les enfants).

Plus tard, dans l‘automne, le pressoir servait également à faire du cidre.

Le reste des bâtiments abritait des cuves en béton où se faisait la fermentation, et des alignements de barriques de chêne où le vin vieillissait, objet de toutes les attentions.

Une autre opération à laquelle j’ai quelques fois participé, était la mise en bouteilles.

A l’époque, les clients rapportaient leurs bouteilles vides. Il fallait donc avant de les utiliser les laver. Nous avions pour cela un petit appareil à manivelle avec une brosse qui tournait à l’intérieur de la bouteille tout en injectant de l’eau pompée dans un demi-fut posé à coté. Par beau temps, c’était un jeux dont je revenais trempé sous le regard grondeur des parents.

j’aidais également à coller les étiquettes. On alignait ces dernières à l’envers sur un planche et les enduisait de colle avec un pinceau. Mais gare à ne pas les poser de travers, car la tante Nini veillait à la qualité du travail.

L’oncle Olivier et la tante Nini produisaient principalement des vins blancs : muscadet, pinot et gros-plan du Pays nantais que Nini vendait dans un magasin au village (dans l’ancienne boulangerie).

Une anecdote à ce sujet : Comme aujourd’hui, il fallait un congé pour transporter du vin, notamment pour le descendre de la côte Saint Aubin au village. Mais les deux compères produisaient plus de vin qu’ils n’en déclaraient aux gabelous et de temps en temps, une barrique fantôme descendait nuitamment sur une petite charrette à bras. La côte était fort raide et il était difficile de retenir l’attelage qui cette nuit là leur échappa. Sur les 3 h du matin, charrette et barrique dévalèrent la pente à grand fracas devant l’Hôtel de la Tour et s’arrêtèrent contre un mur de pierre, réveillant le voisinage. Heureusement, la barrique résista au choc et finit par arriver à sa destination.

Mais le lendemain matin, l’angoisse étreignait les cœurs. On s’attendait à voir débarquer les gendarmes ou les gabelous. Mais heureusement, au village, personne n’avait pipé mot.

Mais pour moi, la grande affaire, c’était la pêche. Tante Nini et l’oncle Olivier étaient, à leurs temps libres, des pêcheurs acharnés.

On allait à la Loire, ce qui permettait de combiner pêche et baignade.

En dessous de la tour, reste d’un château médiéval, entre la route nationale et la voie ferrée, se trouvait un ancien port fluvial : le bassin, déjà bien envasé dans ces années là et du coup la plus part du temps à sec.

A coté de la gare, on devait traverser la voie ferrée par un portillon attenant à un passage à niveau toujours fermé  en faisant bien attention aux trains. “Un train peut en cacher un autre“ pouvait-on lire sur une pancarte. Quand la sonnerie grelottait, il était hors de question de s’engager car un express grondant et crachant surgissait bientôt dans le rythme fou du boggie-boogie sur les aiguillages faisant trembler le sol sous nos pieds.

La Loire était navigable entre Donges et Bouchemaine (à coté d’Angers) où se trouvait un dépôt d’hydrocarbures. Des péniches montaient et descendaient le courant quotidiennement. Mais la Loire est un fleuve fantasque, déplaçant des bancs de sable au hasard des crues. Il avait été établis sur chaque rive des épis formés de fascines et de blocs de pierres afin de concentrer le courant dans un chenal central. Ainsi, en étiage, il était possible de s’avancer assez loin dans le fleuve, ce qui permettait d’accéder à des lieux de pêche supposés plus favorables. Les remous en arrière des brèches des barrages creusaient des trous d’eau qui restaient isolés du flot principal par des grèves et permettaient la baignade sans danger.

A la pêche sur la Loire.

On y pêchait des ablettes et des goujons, des perches et avec un peu de chance de beaux mulets.

Le mulet est un poisson de mer migrateur d’une trentaine de centimètres de long qui comme le saumon remonte les fleuves pour frayer. Il se déplace en bancs et mord volontiers à la cuillère.

Nous allions également à la “Fosse aux Brèmes“ sur la rivière du Havre. C’était un lieu enchanteur, très calme avec une prairie ombragée en lisière de forêt. La rivière, était encombrée de nénuphars et de lentilles d’eau ménageant quelques trous de végétation où il était possible de lancer nos lignes.

Barque à la fosse aux brèmes

On y pêchait des ablettes et des boers, des poissons chats, des anguilles et plus rarement des perches et des brèmes. Ces eaux étaient également parcourues par des brochets, l’objectif ultime.

Pour cela, il fallait d’abord avoir attrapé quelques ablettes ou goujons qui servaient de vifs sur les lignes à brochet et beaucoup de patience, immobiles, assis sur l’herbe. Tante Nini, à cet exercice, s’endormait régulièrement et ses ronflements sonores donnaient lieu à plaisanteries.

Tante Nini possédait, non loin du bourg, dans un raide versant une chataîgneraie en bordure du Hâvre. Un rocher plongeait dans l’eau. C’était également un de mes lieux de pèche préférés.

On m’avait appris à placer des lignes de fond, pratique interdite, lignes munies de nombreux hameçons, sans canne. Le fil était attaché à un piquet caché dans les herbes du rivage. On plaçait la ligne le soir avant de partir et on la récupérait le lendemain matin. Ce type de pêche était sensé nous permettre d’attraper des carpes. Mais je n’y ais jamais relevé que des anguilles.

Un jour, l’oncle Olivier attrapa un magnifique brochet. Il le rapporta fièrement à la maison où ma grand-mère, spécialiste du beurre-blanc nous le cuisina, et toute la famille rassemblée autour du héros du jour, le dégusta arrosé, bien sur, de de gros-plan de la production familiale.

La nuit, on entendait passer les trains et les voitures sur le pont de Champtoceau. Ce pont à cadre métallique, sur la Loire, situé à un ou deux kilomètres en amont d’Oudon avait été sévèrement bombardé à la fin de la guerre. Les tronçons endommagés aux ferrailles tordues avaient été remplacé par des structures militaires provisoires (les ponts Bailey). Leur tabliers, à une seule voie, étaient constitué de madriers simplement accolés qui s’entrechoquaient bruyamment sous le passage des véhicules. Le provisoire dura et le pont ne fut remplacé que dans les années 1980-1990.

Ma grand mère était frêle et menue, elle était très myope et portait d’épais verres. Plus âgée que sa sœur, elle me paraissait toujours fatiguée. Veuve, elle était vêtue de sombre, la plus part du temps d’un sarrau gris. La tante Eugénie, vieille fille et forte femme ne s’habillait guère plus gaiement.

Ma mère, ma grand Mère Talour, la Tante Nini, lors d’un voyage dans les Alpes.

Toutes deux, fort bigotes, s’endimanchaient pour aller à la messe, qu’elles n’auraient raté en aucun cas, avec gilet et robe noire, grand manteau gris et de ridicules chapeaux noirs ou beiges.

De l’autre coté de la rue, sur le sommet de la colline, bénéficiant d’une large vue sur la Loire, ses grèves, ses iles et méandres, se trouvait une luxueuse propriété tenue par la famille Decré.

A l’époque, les Decré étaient les riches patrons des grands magasins du même nom au centre de Nantes.

Ma famille leur rendait quelques services contre rétribution. Olivier entretenait les vignes qui entouraient leur domaine et ma grand-mère repassait du linge.

Ces gens étaient de grands bourgeois, souvent peu agréables, mais le peu qu’ils payaient était le bienvenu. Mon père supportait mal cette relation condescendante ; et un jour, lors de vacances, un fils Decré se pointe à la maison, rentre sans dire bonjour et demande en insistant bien sur la première syllabe à voir Marie. Mon père outré de cette désinvolture, appelle sa mère sur le même ton : « Maman, il y a Jean Pierre qui veut te parler ! ». Ma pauvre grand-mère, inquiète pour ses honoraires futurs, ne savait plus ou se mettre.

De son coté, Olivier, qui connaissait bien son métier de viticulteur était souvent vexé de recevoir des ordres d’un maître de chais employé des Decré, qu’il considérait comme prétentieux et incompétent.

Mon oncle Olivier et sa femme Henriette habitaient au village, sur la place de l’église, un petit appartement que la tante Nini leur louait à l’étage de l’ancienne boulangerie ; cette dernière s’étant réservé le rez-de chaussé pour la vente de son vin et pour y séjourner si nécessaire.

Ce couple ne put avoir d’enfants, ce qui fut le grand drame de leur vie. Henriette complétait le maigre salaire que la tante Nini versait à Olivier par une activité d’agent d’assurance pour la Mutuelle Agricole.

Ma tante Henriette avait une sœur qui travaillait à Nantes à la Biscuiterie Nantaise (BN). Elle nous fournissait abondamment et gratuitement en biscuits cassés où mal formés qui arrivaient dans de magnifiques boites parallélépipédiques en fer blanc de grande taille. A l’origine ces biscuits étaient destinés aux marins, ce qui expliquait cet emballage.

Olivier était une personne très extravertie. Il avait de très nombreux amis au village qui se retrouvaient souvent au cellier autour du cul d’une barrique vide renversée à déguster le vin nouveau dans des petits verres. On puisait le vin dans les futs par la bonde avec une pipette en verre. On brulait une mèche soufrée pour stériliser l’air qui y était entré et on refermait soigneusement la bonde.

Tante Nini pestait souvent contre Olivier qui selon elle perdait son temps avec ses copains (les CHAUVEAU, DUPAS, PERRAY et bien d’autres, dont je ne me souviens plus des noms) soit au cellier soit à leur rendre des petits services. Mais ce n’était pas à sens unique, les même étaient régulièrement disponibles pour le vendanges ou un coup de main.

L’été, on allait rendre visite aux cousins CISTAC qui, bien que parisiens, avaient une maison à Blanche-lande, et venaient y passer des vacances.  Il avaient, entre autres enfants, une petite fille de mon âge (un dizaine d’années). Elle venait souvent sur le Côte Saint Aubin pour jouer avec moi. Nous étions tombés amoureux et nous promettions de nous marier plus tard.  Nous montions au grenier où il y avait un lit qui servait, à la fin de l’été, à héberger quelque vendangeur. Nous faisions la sieste ensemble, cote à cote, sur ce lit, alors que nos parents pensaient que nous jouions. Un jour, la Tante Nini, étonnée par l’absence de bruit monta et nous surprit plus ou moins enlacés. Quelle affaire !

Un été, mon père et mon oncle entreprirent de grands travaux. On ouvrit une fenêtre supplémentaire dans la chambre de la tante et surtout on réalisa un WC intérieur. Cela nécessita de creuser un puits perdu pour les eaux usées et de poser des conduites enterrées. Ce qui ne fut pas facile, en raison de la présence du rocher à faible profondeur. Bien sur, il était hors de question, vu les maigres ressource de ma grand-mère, de faire appel à une entreprise et ce sont les deux frères qui firent tout le travail.

Je suis retourné à Oudon, assez récemment, après le décès de ma mère pour régler des histoires d’héritage. j’ai trouvé que les lieux avaient perdu beaucoup de leur charme.

Notamment la Loire qui a subit une catastrophe écologique.

j’ai déjà parlé ici des péniches qui remontaient le fleuve jusqu’à Angers. Leur gabarit était limité en étiage par un seuil rocheux en aval d’Oudon, à la sortie du défilé de Champtocé.

Du temps de mon enfance, on faisait sauter de temps en temps un rocher gênant, sans grande efficacité.

Ces dernière décennies, il fut décidé de faire les choses en grand et avec des moyens modernes (Echographie, forages, plongeurs, minage, etc..). On approfondit sérieusement le chenal.

Ceci se traduisit d’une part par une reprise d’érosion qui vit le lit du fleuve s’encaisser dans ses alluvions de plus d’un mètre et ne plus recouvrir nombre de grèves en crue, et d’autre part, par la remontée des marées.

Les grèves n’étant plus que très rarement soumises au courant se sont vues envahir par un fourré impénétrable de ronces, de renouée du japon et autres invasives.

Le lit principal, soumis désormais au battement des marées, est devenu boueux comme un estuaire breton; ne se prêtant plus guère à la pêche à partir du bord et encore moins à la baignade.

Sur la Côte Saint Aubin, la vigne qui faisait face à la maison a vu pousser un lotissement et la vue que nous avions sur le fleuve s’est retrouvée bouchée.

Tante Nini m’avait couché sur son testament me léguant sa chataîgneraie que j’aimais tant. Mais qu’en faire aujourd’hui à 700 Km de mon actuel lieu de résidence ? J’ai du la vendre pour le prix du bois.

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