Myrtilles

Vendredi, je suis allé avec Jacques Marie cueillir des myrtilles à Valpelouse dans le massif de Belledonne.

En fin d’après-midi, j’étais sous ma tonnelle occupé à éliminer les feuilles quand je vois arriver une dame d’un certain âge avec un horrible chiwawa tout rond dans ses bras.

Avec un fort accent du midi : – C’est à vous le gros chien blanc qui est attaché devant la maison ?

– Ah non ; c’est celui d’une personne qui travaille au bureau d’étude au rez-de-chaussé.

– Vous lui direz qu’il a failli dévorer mon bébé !

– Jo, dévorer votre bébé, cela m’étonnerait, il n’y a pas plus placide comme chien !

La Dame change d’un coup de conversation.

– C’est quoi ce que vous faîtes ?

– Je suis en train de nettoyer ma récolte de myrtilles.

-Oh mon mari adore les myrtilles, vous ne pouvez pas m’en vendre pour faire un ou deux pots de confiture ?

– Madame, je suis désolé, mais je suis allé loin pour les ramasser dans le massif de Belledonne et compte en faire moi-même de la confiture.

La dame s’est assise sur la chaise en face de moi de l’autre coté de la table sans que je l’y ait invité et à relâché sa boule de graisse à pattes qui prend furtivement la direction de la porte de la maison.

Elle le rappelle. Je vais fermer la porte et reviens à ma table.

– Mon mari et moi sommes en vacance chez Denise ; la grosse maison presque en face de chez vous. C’est une amie.

– Ah oui, Madame B…..

– Vous vous appelez comment ?

– Bruno.

Elle semble réfléchir.

– C’est un beau prénom. Vous savez, je suis un peu médium. Je vous vois devenir centenaire…

Et vous avez des enfants ? Et des petits enfants ?

– Oui j’ai des enfants mais pas encore de petits enfants.

– Et bien, moi je vois une petite fille pour février.

Elle lorgne toujours sur mes myrtilles.

– Et si je vous aide à les trier, vous m’en donnerez un peu ?

Comme je suis parti, seul, j’en ais jusqu’à la nuit, alors un peu d’aide contre une boite de myrtilles… marché conclus.

La dame s’installe et commence à trier tout en faisant a conversation à elle toute seule.

Du coup, je connais toute sa vie et celle de Denise. Denise qui depuis plus de 10 ans que nous sommes installés ici ne m’a jamais adressé plus que trois mots et même pas toujours répondu à mon bonjour quand je passe devant sa porte.

Monsieur son mari vient récupérer l’horrible bête et participe à la conversation.

Ancien plombier couvreur, puis mécano, contre l’hébergement, il retape la maison de Madame B…. qui selon lui tombe en décrépitude.

C’est que Denise, dont le mari, décédé, était bucheron n’a pas beaucoup de revenus et doit en plus subsister aux besoins de son fils, un bon à rien, débile mental léger. Ses gîtes (elle a deux appartements à l’étage dans sa maison et une petite maison à coté) apportent un complément de revenus bienvenu. Mais tout cela est de moins en moins louable en raison de la vétusté.

Dans le temps Denise avait des vaches, dix vaches. Mais tout cela est du passé. Alors, elle loue ses champs à C…, le gros éleveur dont la ferme se trouve de l’autre coté du ruisseau.

Les tri des myrtilles se termine. L’aide a été efficace. Alors, la dame repart tout heureuse avec son trésor bleu dans une boite à glace.

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