Robert TALOUR (mon père)

Robert TALOUR, fils de Marie DELORME et Joseph TALOUR est né le 12 août 1910 à OUDON en Loire Atlantique, commune en bord de Loire entre Nantes et Ancenis. La famille était en difficulté, Joseph a dû abandonner la profession de boulanger et gagne chichement sa vie en tant que journalier. Marie exerce la profession de lingère.

Vers 191.. Joseph est embauché aux chemins de fer et retrouve une situation stable et emménage à Saint Nazaire.

Grâce aux chemins de fer, il échappe au front de la guerre de 14.

Mais en 1923, catastrophe, Joseph décède laissant sa famille sans autre ressource qu’une maigre pension.

Marie se replie à Oudon dans la maison familiale et survit grâce à l’aide de sa sœur Eugénie (Tante Nini).

Robert à 14 ans et juste son certificat d’étude. Lui faire poursuivre des études est hors de portée des finances de la famille. Avec l’aide d’un ami cheminot de Joseph, il est employé à Saumur dans une graineterie : La Maison Boret.

Ces amis, les BRETON, qui n’ont pas d’enfants prennent le jeune Robert sous leur protection et le logent (à Saint Lambert des levées ?) pendant quelques années.

Mon père, 1,7 m, bien proportionné, front large, yeux bleu, était plutôt “beau gosse“, du moins selon l’appréciation des nièces de ma mère qui en pipaient pour lui.

C’est à la maison Boret que mon père rencontrera Andrée CHARPENTIER qui y travaillait comme secrétaire du patron. Il se marient le 21 avril 1938, mais arrive la guerre.

Il est rappelé le 24 août 1939 et, habitant SAUMUR, l’École de Cavalerie, est affecté dans un régiment à cheval. Bien vite, durant la “drôle de guerre“ l’armée se rend quand même compte que charger à cheval sabre au clair contre des blindés risque de ne pas être très efficace (source récit de mon père).

Bricoleur et esprit ouvert à toutes les nouveautés techniques, il s’était passionné pour l’électronique et avait construit son propre poste de radio. L’armée tiendra compte de cette compétence et il sera nommé opérateur radio.

Face à l’offensive allemande, il est fait prisonnier à Templeux la Fosse, dans la Somme, le 19 mai 1940 après que son petit groupe de soldats, débordé de toutes part, désemparé et sans ordres, se soit réfugié dans un bois où les allemands vinrent les cueillir.

De son récit personnel, dont il était assez avare, j’ai souvenir qu’ils avaient marché longtemps puis voyagé pendant plusieurs jours dans des wagons à bestiaux avant de se retrouver en Prusse Orientale à HOHENSTEIN (aujourd’hui OLSZTYNEK en Pologne) au stalag 1B.

Là , après un court séjour au camp, il lui fut proposé, comme à des milliers d’autres, d’être envoyé travailler dans une ferme. Selon son propre dire, il jugea que, contrairement au camp, il y aurait toujours quelque chose à manger dans une exploitation agricole . Certains ont refusé cette affectation et on végété dans des conditions souvent terribles dans le stalag. Beaucoup y sont morts.

Toujours selon mes souvenirs, il aurait d’abord été envoyé dans un grand domaine où la vie était difficile. Puis assez rapidement dans une ferme plus petite où ils n’étaient que deux prisonniers, un polonais et lui. Le patron était parti sur le front russe et n’en reviendra pas. En plus de la fermière habitaient là les beaux parents âgés de celle-ci. Ces gents n’étaient absolument pas des nazi. De fait, compte tenu de ses compétences en agriculture et de ses capacités d’initiative, il devint assez rapidement l’homme de confiance de la patronne (et peut-être plus, disaient les mauvaises langues de ma famille). De mèche avec la patronne, ils allaient cacher des porcs et des vaches dans la forêt pour échapper à la réquisition. Cependant, il devait se méfier du polonais qu’il considérait comme faignant et soupçonnait de collaborer avec le parti.

En Prusse Orientale (Aujourd’hui Pologne ou Russie)

Au début, les prisonniers étaient sous la garde d’anciens militaires trop vieux pour combattre et devaient être enfermés toutes les nuits dans un local approprié. Ils portaient un habit avec l’inscription KG (Krieg Gefang) en grosses lettres dans le dos afin que l’on puisse les reconnaitre. A partir de l’offensive en Russie, les gardes disparurent et les prisonniers bénéficièrent de plus de liberté.

Il touchait un salaire (60% du salaire d’un ouvrier agricole allemand) mais devait en reverser la plus grande partie au titre de son logement et de sa nourriture. Une autre taxe allait à l’administration du stalag. En final, il ne lui restait que peu d’argent de poche.

Billet rapporté de sa détention

Il décrit le pays comme plat, avec beaucoup de forêts, de lacs et de tourbières où il était dangereux de s’aventurer. Les hivers étaient longs et rigoureux. Il a dû combattre des feux de tourbe qui couvaient même en hiver sous la neige.

Hiver en Prusse orientale.

Ces gents étaient pauvres, du moins par rapport aux agriculteurs français de l’époque. On économisait les chaussures et marchait avec des “fusslap“, forte toile entourée autour du pied et tenue par des lacets. Pour la messe, on allait au village en portant ses godillots et on ne les mettait qu’au dernier moment.

Peu de nouvelles venaient de France et lui même avait peu de possibilités d’en donner. Quelques colis transitaient de temps en temps par l’intermédiaire de la Croix Rouge.

En juin-juillet 1944, lors de l’offensive Russe, les choses devinrent dramatiques. La Prusse Orientale fut prise dans une poche dont les civils ne pouvaient sortir. Arrivèrent les soldats russes qui étaient des “mongols“ très rustres qui pillaient, violaient les femmes, assassinaient les civils, s’emparaient des montres et valeurs des prisonniers qui étaient souvent molestés.

Ils furent regroupés pendant près d’un an dans un camp qui n’avait rien à envier aux rigueurs des stalags allemands ; puis un jour mis dans un train (encore des wagons à bestiaux) pour un long, très long voyage, entrecoupé d’interminables arrêts, à travers la Russie jusqu’à Odessa ou ils embarquèrent sur un navire anglais. Retour à Marseille en juillet 1945. Retour à la Mère Patrie.

Que sont devenus ces fermiers qui avaient su être humains, qu’est devenu le polonais ? Probablement morts, exécutés par les russes comme tant d’autres.

Plus tard, mon père a écrit des lettres restées sans réponses. Il a envisagé un voyage avec l’aide de l‘association des Anciens Prisonniers de Guerre. Mais cela s’est avéré impossible car la ferme se trouvait désormais en territoire soviétique et la population allemande déportée en Allemagne de l’Est.

Saumur, sa jeune femme et sa famille retrouvés, j’imagine la joie. Mais une partie la ville était dévastée par les bombardements alliés, les ponts, des quartiers entiers en reconstruction et la vie difficile.

Etablissements Boret après les bombardements américains.

Il réintègre la Maison Boret, dont l’usine est à reconstruire et le couple emménage à SAINT LAMBERT DES LEVÉES dans une petite maison qui s’avèrera inondable lors de l’hiver 1946-47.

La situation étant intenable avec un bébé très fragile, ils déménagent à BAGNEUX, rue de Terrefort. La maison est bien plus salubre, mais, par contre, il doit faire 3 à 4 Km en vélo chaque jour pour aller et revenir du travail ; parcours qui devenait pénible en hiver, sou la pluie ou la neige, lorsqu’il fallait traverser les ponts sur le Thouet et la Loire.

Passionné de sciences et techniques,il est abonné à la revue “Sciences et Vie“ et le restera jusqu’à sa mort.

Il monte dans la hiérarchie de l’entreprise et devient responsable du personnel.

Au maximum de sa prospérité, l’entreprise emploie une centaine de salariés, plus pas mal de saisonniers, sur deux sites : l’un dans l’ile de Saumur, l’usine, l’autre, une ferme expérimentale dans la vallée de l’Authion. Afin de le rapprocher de son lieu de travail, son patron qui construit une extension de l’usine lui propose d’emménager dans un appartement au premier étage de la nouvelle construction. La famille déménage donc rue Gamory dans un logement tout neuf et à la conception et l’aménagement duquel il a collaboré.

Dans les années cinquante, Il a en parallèle à lui (parce qu’il reçoit directement ses ordres du patron), un directeur MONCOURTOIS, ingénieur agricole, qu’il n’apprécie guère et considère comme peu compétent.

A cette période, l’usine investit, pour éliminer les graines abîmées, dans une nouvelle machine, révolutionnaire pour l’époque : une trieuse électronique qui doit remplacer les trieuses à main sur tapis roulant. Cette machine vient d’Amérique ce qui valorise encore plus sa modernité.

Mon père se passionne pour cette technologie et devient vite l’homme qui sait la régler et la faire fonctionner.

Un disque tourne très vite et maintient les graines collées à sa périphérie par dépression. Les graines passent chacune à leur tour devant une optique et l’image est projetée sur un fond blanc à travers des masques colorés ou découpés. Quelques cellules photoélectriques captent la lumière réfléchie et si celle ci est trop différente de ce qu’on attend (point noir par exemple) un jet d’air comprimé éjecte la graine défectueuse.

Vers les années 60, l’entreprise périclite doucement, concurrencée par les grands semenciers tels que Vilmorin.

Elle finit par être rachetée par ce dernier, l’usine est fermée. Mon père se retrouve avoir le choix entre passer sur un autre site où prendre une retraite anticipée ; solution qu’il préfèrera.

Entre temps, la mort des parents de ma mère à donné lieu à de sérieuses oppositions entre eux et mes oncles et tantes. Il en restera des haines recuites !

Mes parents héritent de terres, les autres de la maison familiale qu’ils s’empresseront de vendre. Mon oncle Adrien, handicapé mental et physique hérite des installations agricoles. Mes parents lui rachètent, ce qui lui constituera un petit capital pour payer sa pension en maison de retraite. Ils continueront à s’occuper de lui jusqu’à sa mort.

Mon père avec l’aide de ses copains de travail a entrepris de se construire une maison d’habitation à partir du bâtiment du cellier de mon grand père. Il a fait lui-même ses plans et tout réalisé par lui-même. Ainsi quand vient l’heure de la retraite, il dispose d’un logement confortable, d’un jardin et de dépendances (hangar, garage, ancienne écurie). Le hangar est loué pour remiser des caravanes l’hiver ce qui apporte avec la location des terres à un agriculteur un petit revenu supplémentaire.

Au travail pour construire sa maison à St Hilaire Saint Florent.

Dans les années 70, apparaît au POS l’opportunité de transformer les terres en un important lotissement. Un géomètre se charge de réaliser l’opération. Le permis de lotir est déposé et accepté. Les travaux de viabilisation (voirie, éclairage, réseaux, etc..) sont engagés aux frais de mes parents.

Catastrophe, au dernier moment la ville et le département exproprient une grande partie de ces terrains pour la réalisation d’une voie rapide. Le reste passe en zone non constructible à cause du bruit. S’en suit un procès au Tribunal administratif, perdu en première instance, gagné en appel, reperdu en seconde instance. Ils seront indemnisés au vil prix des terres agricoles et remboursés sur facture des frais de viabilisation du lotissement. Grande déception !

En 1976 ma grand-mère Marie décède et mon père hérite de la moitié de sa maison sur la côte Saint Aubin à Oudon. Puis ce fut au tour de la redoutable Tante Nini de partir. Nouvel héritage.

Moi, je suis parti finir mes étude à Grenoble depuis 1972 et ils se retrouvent bien seuls dans leur petite maison. Tous les ans, ils allaient faire une cure dans une station thermale. Les dernières années à GREOUX. C’était l’occasion de passer par chez nous. De connaître la maison que nous avons fait construire à SAINT PIERRE DE CHARTREUSE. Mon père y donnera encore un coupe de main vers 1990 pour mettre en place les volets. Mais la relation avec ma femme se dégrada. Il n’était plus question qu’ils viennent à la maison et je leur trouvait des gîtes pour qu’ils puissent venir me voir ainsi que leurs petits enfants.

La dernière fois, venant de GREOUX, à GRENOBLE, mon père laisse ma mère dans la voiture stationnée près de la mairie et part à pied pour voir les panneaux indicateurs. Il n’a ni papiers, ni argent sur lui et se perd dans la ville. Toute une soiré d’angoisse. Finalement, il est retrouvé à la gare. C’était les premiers symptôme d’alzeimer et ma mère ne sachant conduire, ils devront désormais se résigner à ne plus voyager. Cette fois là je les avais logé dans un gîte aux Petites Roches. J’ai dû m’absenter pour une mission en Irak. Quand je suis revenu, j’ai appris qu’une violente dispute avait eu lieu avec ma femme.

Cette dernière développera de plus en plus d’animosité envers eux au point qu’à chaque fois que j’allais à SAUMUR et emmenais les enfants, je devais braver son ire pendant plusieurs semaines. Du coup nos relations s’espacèrent, se limitant bien souvent à une seule visite par an aux alentours de noël.

Je ne suis pas fier de les avoir laissé tomber de cette façon.

La lourde chape de la vieillesse s’abattait sur eux. Leurs relations saumuroises disparaissaient les une après les autres. Heureusement, ils avaient des voisins dévoués et des nièces de ma mère qui avaient renoué avec eux par dessus les querelles entre frères et sœurs.

Mon père était de plus en plus absent, engoncé dans son fauteuil. La dernière année, il ne se souvenait même plus du nom de ses petits enfants. C’était juste s’il me reconnaissait. Ma mère ne voulait pas voir (ou faisait semblant).

IL décéda le 5 mai 2002 à l’âge de 91 ans.

Sa grande passion a été la musique, passion qu’il avait probablement hérité de son propre père. Il faisait partie de l’harmonie Municipale de Saumur et tant qu’il a été valide n’a jamais manqué une répétition ni un concert. C’était aussi l’occasion de voyages et de beaucoup de convivialité. Il jouait de la contrebasse à vent, énorme instrument qui m’impressionnait fort quand j’étais enfant.

La “Cipale“
En uniforme de la Musique Municipale.

 

Origines

Le nom TALOUR, TALLOURD, TALOURD, LE TALOUR s’avère rare et n’apparait que dans l’ouest de la France.

On trouve deux régions source :

– En Bretagne, autour de GRAND CHAMP (Morbihan),

– en Anjou, aux limites de la Bretagne autour de LA CORNUAILLE.

Une autre branche, noble celle-là, étant celle des TALOUR DE LA CARTERIE, originaire de BECON LES GRANITS, paroisse proche de LA CORNUAILLE.

En breton, “tal” désignerait le front, et “our” serait un substantif. Donc qui a un front, qui fait front. ; têtu ?

Lorsque j’ai reconstitué la généalogie de ma famille à partir des archives départementales de Loire Atlantique et du Maine et Loire, mon plus ancien ancêtre Guy-Macé TALLOURD apparait sur les registres de LA CORNUAILLE vers 1545 .

Le deuxième jour d’octobre mille six cent vingt et deux fut …. à l’église le corps du défunt Guy Tallourd .inlo..? mari de défunte Jehanne Audouin ….

Ce n’est pas la seule famille TALLOURD de la paroisse et même du secteur puisqu’on découvre également des TALOURD entre autre à BELLIGNÉ.

Malheureusement, il n’est pas possible de remonter plus loin dans le temps car les registres paroissiaux sont apparus suite à l’ordonnance d’août 1539 de François 1°, dite de Villers-Cotterêts.

Du coup, j’en suis réduit aux hypothèses.

le nom de la commune : La Cornuaille semble évoquer la région de Bretagne de CORNOUAILLE, mais GRAND-CHAMP est situé plus à l’Est que cette région Bretonne. S’agit-il d’une migration de bretons, d’autant plus que LA CORNUAILLE angevine à relevé un temps de l’évêché de Rennes ?

D’autre part, la branche noble des TALOUR de la CARTERIE est celle d’une lignée d’avocats. Le premier, Pierre TALOUR de la CARTRIE aurait été anoblis par Francois 1°, suite à services rendus.

La proximité des paroisses de LA CORNUAILLE et de BECON LES GRANITS permet d’envisager une origine commune antérieure à 1539.

S’en suit une lignée de TALLOURD à la CORNUAILLE dont certains de leurs descendants habitent toujours dans la région.

Pour ce qui est de mes TALOUR, vers 1700 René TALOUR, maître couvreur d’ardoises, né à LA CORNUAILLE émigre à OUDON (Loire Atlantique). S’en suit une lignée de couvreurs, charpentiers et menuisiers.

Pour la suite voir mon article : Oudon, paradis de mon enfance

Oudon, paradis de mon enfance

Oudon (Loire Atlantique)

Oudon fut le paradis des vacances de mon enfance.

Oudon, le bassin et la tour.

Oudon est une commune de la Loire Atlantique, entre Ancenis et Nantes. Le village est situé en rive droite de la Loire à la confluence d’une petite rivière appelée le Hâvre. Dans ce secteur, le fleuve est relativement encaissé (une soixantaine de mètres). Divers hameaux se dispersent sur le plateau. Avant que soient ouvertes les grandes routes automobiles, le principal accès aux hauteurs en rive gauche du Hâvre était la Côte Saint Aubin, redoutablement pentue. Le rebord du plateau, bien exposé aux vents d’Ouest supportait plusieurs moulins.

La famille de mon père était à Oudon depuis environ 1700, date à laquelle un lointain ancêtre, René TALOUR, venant d’Anjou s’établit dans cette communauté en tant que Maître couvreur d’Ardoise.

Son fils René (2° du nom) fut une figure locale, puisque lors de sa mort, le curé nota sur le registre HH (Honnête Homme) et tenu à préciser qu’il savait lire, écrire et compter et qu’il avait été marguillier de la paroisse.

Ainsi, naquit une dynastie de couvreurs, charpentiers et menuisiers qui perdura jusqu’à la fin du 19° siècle.

L’entreprise familiale était sur la Côte Saint Aubin, dominant la Loire.

A la suite de je ne sais quels déboires, cette dernière disparu corps et biens dans la seconde moitié du 19° siècle. (il n’y a aucune trace de biens ayant appartenu aux TALOUR dans les actes de succession dont je dispose).

Mon arrière grand père, Louis Marie, après avoir exercé quelques temps comme menuisier, rompit la tradition et devint meunier, puis boulanger, probablement employé ou associé des DELORME, dont les moulins se trouvaient également sur la Côte Saint Aubin et propriétaires de la boulangerie du village.

Mon grand père, Joseph, est l’oublié (volontaire ?) de la famille et ce qui suit a été reconstitué à partir des archives départementales et militaires.

Né en 1882, il prend la suite de son père. En 1902, il s’engage à l’armée volontaire pour 3 ans. En 1904, il est soldat musicien. En 1905, revenu à la vie civile, il redevient patron boulanger et épouse le 14 février 1906 Marie DELORME, fille de son employeur (ou associé).

Entre 1906 et 1911, catastrophe, la boulangerie à dû fermer et mon grand père se retrouve devoir travailler comme journalier. Finalement, grâce à son frère Charles, cheminot, il trouve un emploi à la Compagnie des Chemins de fer de l’Ouest et déménage à Saint Nazaire.

Mon père Robert, nait en 1910 et mon oncle Olivier en 1914.

Le chemin de fer étant stratégique, de 1914 à 1919, il est maintenu dans son emploi et échappe ainsi à la grange boucherie.

Malheureusement, il décède prématurément le 11 octobre 1923, laissant sa famille en détresse financière.

Marie rentre à Oudon dans la maison familiale de la Côte Saint Aubin où elle va cohabiter avec sa sœur célibataire, Eugénie (dite Tante Nini). Elle dispose d‘une maigre pension de veuve de la SNCF qu’elle complète par un travail de lingère (un atelier spécifique est installé dans une dépendance de la maison. On en reparlera).

Entre temps, l’activité meunière de la familles DELORME a périclité, concurrencée par les grandes minoteries industrielles. François DELORME, le père de Marie, qui possédait des terres, s’était alors reconverti après 1911 dans la viticulture, les annexes des moulins devenant celliers.

La “Tante Nini“ travailla d’abord comme employée de bureau (1926) puis, ayant hérité de terres, pris la suite de son père dans la viticulture.

La “Tante Nini“ détestait mon grand père, qu’elle considérait comme un faignant (non mais, un musicien !) et probablement comme responsable de la faillite de la boulangerie. Elle pris l’ascendant sur ma grand mère Marie qu’elle ne traitera pas toujours bien, mais qui financièrement était plus ou moins dépendante d’elle. Ceci explique qu’enfant, quand je m’enquérais tout naturellement de mon grand-père, Ma grand-mère se taisait et Eugénie se contentait de me répondre en grommelant qu’il était mort et changeait vite de conversation. J’avais l’impression que l’on le cachait un lourd secret de famille.

Au décès de mon grand-père, mon père qui n’avait que 14 ans et son certificat d‘étude ne pouvait rester à charge de sa mère et fut envoyé à Saumur, dans une famille amie (Les BRETONS) qui le firent embaucher comme ouvrier aux établissements BORET, grainetiers.

De Saumur, on allait à Oudon en train (mon père n’a pas eu de voitures avant ….) : l’express jusqu’à Ancenis, puis ensuite l’omnibus. C’était toute une aventure ! Je me souviens des wagons d’alors dont les compartiments ouvraient sur le quai, tirés, bien-sur, par une locomotive à vapeur. La ligne Lyon-Nantes fut électrifiée bien plus tard.

Nous logions dans la maison de ma grand-mère sur la Côte Saint Aubin. C’était, dans les premières années où je l’ai connue, une bâtisse de pierre sans aucun confort, bordant la route d‘un coté et donnant sur un jardin, de l’autre. Elle était surmontée d’un grenier et une buanderie y était accolée.

Coté jardin, un auvent de tôles couvrait une cuisine extérieure avec deux fourneaux à bois.

Marie et Eugénie Delorme devant le fourneau extérieur.

Les WC étaient au fond du jardin, cabane de bois, posées sur un trou dans la terre. A la maison, on se servait de seaux émaillés de bleu, dits “hygiéniques“.

En plus d’un couloir, la maison comportait 3 pièces. Une petite cuisine donnait par une porte vitrée sur l’arrière. Il y avait un lavabo de pierre avec un robinet d’eau froide, une table pour 4 ou 5 personnes et des chaises. Point de réfrigérateur ou de gaz, la nourriture était conservée dans un garde-manger grillagé accroché au mur et la cuisine se faisait sur la cuisinière à bois. Une porte vitrée donnait sur la chambre de la Grand-mère, espace assez bien meublé avec notamment un magnifique buffet breton sculpté. Un couloir, donnant sur la rue, divisait la maison en deux. Une grande pendule à balancier en occupait le fond, merveille pour mes yeux d’enfant, qui sonnait les heures et les demi-heures (même la nuit!)

De l’autre coté du couloir était la chambre de la “Tante Nini“. Elle était suffisamment vaste pour pouvoir accueillir trois lits. Quand nous étions là en vacances, un paravent en accordéon isolait un espace réservé à la tante.

A proximité de la maison se trouvait un puits maçonné et couvert de lauzes, avec son treuil en bois auquel pendait un seau. Il était fermé par une porte grillagée afin que personne ne risque d’y tomber. Une pompe à balancier permettait d’y tirer de l’eau. Eau qui finissait dans un petit bassin à coté. C’était un grand plaisir pour moi d’être autorisé à manœuvrer cette pompe et à faire couler l’eau dans le bassin.

Une gouttière amovible en zinc permettait d’envoyer l’eau de la pompe vers une conduite enterrée qui finissait dans la buanderie. Cette dernière était constituée d’un petit bâtiment voûté accolé à la maison. La seule ouverture était une porte qui donnait sur la rue. Le sol était dallée de grandes ardoises. On y trouvait un bassin de lavandière en béton et un gros chaudron en fonte posé sur un fourneau de pierres.

Ce lieu faisait également office de salle de bain. On remplissait le chaudron d’eau pompée dans le puits, puis on allumait un feux de bois dans le foyer sous ce dernier. La pièce se remplissait agréablement de vapeur et l’eau chaude servait à faire sa toilette.

Pour nous , les enfants, une fois le feux mourant, nous avions le droit de prendre notre bain dans le chaudron, comme dans les histoires de cannibales faisant cuire un explorateur blanc.

La maison comportait un grenier où l’on accédait par un raide escalier de pierres. C’était pour moi un lieu magique où j’étais de temps en temps autorisé à accéder. Mon oncle Olivier y avait un atelier très bien outillé et je pouvais y bricoler. Le fond du grenier était encombré des caisses et cartons contenant autant de trésors.

Quelques marches permettaient d’accéder depuis la maison au grand jardin potager qu’une allée divisait en deux. Au bout de l’allée, un portillon franchissait un muret surmonté d’un grillage qui séparait le jardin des installations viticoles : les celliers. C’était le domaine de la “Tante Nini“ et de mon oncle Olivier qui était, je crois, son salarié. Il y avait aussi, un peu à l’écart, le moulin, dépourvu de ses ailes, avec à l’intérieur, la meule et les engrenages en bois. Un escalier vermoulu, et à l’accès formellement interdit (je n’ai jamais pu tromper la vigilance de la tante) s’élevait à l’intérieur de la tour.

Le moulin.

Les celliers étaient des bâtiments bas, sans fenêtres, tout en longueur. L’un d’entre eux abritait le pressoir. Le premier que j’ai connu était à vis. Il sera plus tard remplacé par un appareil horizontal mû par un moteur électrique.

Il m’arrivait de participer aux vendanges, mon père prenant des congés pour donner un coup de main.

A l’extrémité du plus grand cellier donnant sur un chemin se trouvait un quai de déchargement et une large porte coulissante ouvrant sur l’égrénoir composé de deux rouleaux crantés écrasant les grains. La vendange passait ensuite dans le pressoir, enceinte carrée de lattes placées verticalement, où on la répartissait soigneusement à l’aide d’un griffe. Une fois le pressoir remplis, des madriers étaient disposés sur la vendange et l’on abaissait en le tournant le lourd chapeau de fonte qui se vissait sur la la colonne centrale. Un fois qu’il reposait sur les madriers, deux imposants vérins venaient écraser les madriers et la vendange en dessous. La pompe à huile était manœuvrée de haut en bas avec une grande barre métallique. Au début, un enfant, comme moi, pouvait la manipuler. Un fin de pressage, le poids de deux hommes pendu à la barre était nécessaire.

Le cliquetis de la pompe rythmait l’opération, entrecoupée de pauses pour abaisser d’un cran la tête du pressoir (tous les 10 cm ?).

Le mou (le jus du raisin) coulait dans une rigole du socle en béton et se déversait dans un cuve enterrée d’où on le pomperait le lendemain pour remplir les cuves de fermentation qui occupaient le fond du local.

Un fois la pressée terminée, il fallait encore remonter la tête de fonte puis enlever les lourds madriers de chêne. Le marc (raves, peaux, grains) était alors évacué à l’extérieur à la fourche.

Les hommes épuisés rentraient tard à la maison. Devant tous les vendangeurs réunis, on “pesait“ alors le mou avec un densimètre en verre pour évaluer sa future teneur en alcool et tout le monde avait droit à un délicieux verre de jus trouble (même nous, les enfants).

Plus tard, dans l‘automne, le pressoir servait également à faire du cidre.

Le reste des bâtiments abritait des cuves en béton où se faisait la fermentation, et des alignements de barriques de chêne où le vin vieillissait, objet de toutes les attentions.

Une autre opération à laquelle j’ai quelques fois participé, était la mise en bouteilles.

A l’époque, les clients rapportaient leurs bouteilles vides. Il fallait donc avant de les utiliser les laver. Nous avions pour cela un petit appareil à manivelle avec une brosse qui tournait à l’intérieur de la bouteille tout en injectant de l’eau pompée dans un demi-fut posé à coté. Par beau temps, c’était un jeux dont je revenais trempé sous le regard grondeur des parents.

j’aidais également à coller les étiquettes. On alignait ces dernières à l’envers sur un planche et les enduisait de colle avec un pinceau. Mais gare à ne pas les poser de travers, car la tante Nini veillait à la qualité du travail.

L’oncle Olivier et la tante Nini produisaient principalement des vins blancs : muscadet, pinot et gros-plan du Pays nantais que Nini vendait dans un magasin au village (dans l’ancienne boulangerie).

Une anecdote à ce sujet : Comme aujourd’hui, il fallait un congé pour transporter du vin, notamment pour le descendre de la côte Saint Aubin au village. Mais les deux compères produisaient plus de vin qu’ils n’en déclaraient aux gabelous et de temps en temps, une barrique fantôme descendait nuitamment sur une petite charrette à bras. La côte était fort raide et il était difficile de retenir l’attelage qui cette nuit là leur échappa. Sur les 3 h du matin, charrette et barrique dévalèrent la pente à grand fracas devant l’Hôtel de la Tour et s’arrêtèrent contre un mur de pierre, réveillant le voisinage. Heureusement, la barrique résista au choc et finit par arriver à sa destination.

Mais le lendemain matin, l’angoisse étreignait les cœurs. On s’attendait à voir débarquer les gendarmes ou les gabelous. Mais heureusement, au village, personne n’avait pipé mot.

Mais pour moi, la grande affaire, c’était la pêche. Tante Nini et l’oncle Olivier étaient, à leurs temps libres, des pêcheurs acharnés.

On allait à la Loire, ce qui permettait de combiner pêche et baignade.

En dessous de la tour, reste d’un château médiéval, entre la route nationale et la voie ferrée, se trouvait un ancien port fluvial : le bassin, déjà bien envasé dans ces années là et du coup la plus part du temps à sec.

A coté de la gare, on devait traverser la voie ferrée par un portillon attenant à un passage à niveau toujours fermé  en faisant bien attention aux trains. “Un train peut en cacher un autre“ pouvait-on lire sur une pancarte. Quand la sonnerie grelottait, il était hors de question de s’engager car un express grondant et crachant surgissait bientôt dans le rythme fou du boggie-boogie sur les aiguillages faisant trembler le sol sous nos pieds.

La Loire était navigable entre Donges et Bouchemaine (à coté d’Angers) où se trouvait un dépôt d’hydrocarbures. Des péniches montaient et descendaient le courant quotidiennement. Mais la Loire est un fleuve fantasque, déplaçant des bancs de sable au hasard des crues. Il avait été établis sur chaque rive des épis formés de fascines et de blocs de pierres afin de concentrer le courant dans un chenal central. Ainsi, en étiage, il était possible de s’avancer assez loin dans le fleuve, ce qui permettait d’accéder à des lieux de pêche supposés plus favorables. Les remous en arrière des brèches des barrages creusaient des trous d’eau qui restaient isolés du flot principal par des grèves et permettaient la baignade sans danger.

A la pêche sur la Loire.

On y pêchait des ablettes et des goujons, des perches et avec un peu de chance de beaux mulets.

Le mulet est un poisson de mer migrateur d’une trentaine de centimètres de long qui comme le saumon remonte les fleuves pour frayer. Il se déplace en bancs et mord volontiers à la cuillère.

Nous allions également à la “Fosse aux Brèmes“ sur la rivière du Havre. C’était un lieu enchanteur, très calme avec une prairie ombragée en lisière de forêt. La rivière, était encombrée de nénuphars et de lentilles d’eau ménageant quelques trous de végétation où il était possible de lancer nos lignes.

Barque à la fosse aux brèmes

On y pêchait des ablettes et des boers, des poissons chats, des anguilles et plus rarement des perches et des brèmes. Ces eaux étaient également parcourues par des brochets, l’objectif ultime.

Pour cela, il fallait d’abord avoir attrapé quelques ablettes ou goujons qui servaient de vifs sur les lignes à brochet et beaucoup de patience, immobiles, assis sur l’herbe. Tante Nini, à cet exercice, s’endormait régulièrement et ses ronflements sonores donnaient lieu à plaisanteries.

Tante Nini possédait, non loin du bourg, dans un raide versant une chataîgneraie en bordure du Hâvre. Un rocher plongeait dans l’eau. C’était également un de mes lieux de pèche préférés.

On m’avait appris à placer des lignes de fond, pratique interdite, lignes munies de nombreux hameçons, sans canne. Le fil était attaché à un piquet caché dans les herbes du rivage. On plaçait la ligne le soir avant de partir et on la récupérait le lendemain matin. Ce type de pêche était sensé nous permettre d’attraper des carpes. Mais je n’y ais jamais relevé que des anguilles.

Un jour, l’oncle Olivier attrapa un magnifique brochet. Il le rapporta fièrement à la maison où ma grand-mère, spécialiste du beurre-blanc nous le cuisina, et toute la famille rassemblée autour du héros du jour, le dégusta arrosé, bien sur, de de gros-plan de la production familiale.

La nuit, on entendait passer les trains et les voitures sur le pont de Champtoceau. Ce pont à cadre métallique, sur la Loire, situé à un ou deux kilomètres en amont d’Oudon avait été sévèrement bombardé à la fin de la guerre. Les tronçons endommagés aux ferrailles tordues avaient été remplacé par des structures militaires provisoires (les ponts Bailey). Leur tabliers, à une seule voie, étaient constitué de madriers simplement accolés qui s’entrechoquaient bruyamment sous le passage des véhicules. Le provisoire dura et le pont ne fut remplacé que dans les années 1980-1990.

Ma grand mère était frêle et menue, elle était très myope et portait d’épais verres. Plus âgée que sa sœur, elle me paraissait toujours fatiguée. Veuve, elle était vêtue de sombre, la plus part du temps d’un sarrau gris. La tante Eugénie, vieille fille et forte femme ne s’habillait guère plus gaiement.

Ma mère, ma grand Mère Talour, la Tante Nini, lors d’un voyage dans les Alpes.

Toutes deux, fort bigotes, s’endimanchaient pour aller à la messe, qu’elles n’auraient raté en aucun cas, avec gilet et robe noire, grand manteau gris et de ridicules chapeaux noirs ou beiges.

De l’autre coté de la rue, sur le sommet de la colline, bénéficiant d’une large vue sur la Loire, ses grèves, ses iles et méandres, se trouvait une luxueuse propriété tenue par la famille Decré.

A l’époque, les Decré étaient les riches patrons des grands magasins du même nom au centre de Nantes.

Ma famille leur rendait quelques services contre rétribution. Olivier entretenait les vignes qui entouraient leur domaine et ma grand-mère repassait du linge.

Ces gens étaient de grands bourgeois, souvent peu agréables, mais le peu qu’ils payaient était le bienvenu. Mon père supportait mal cette relation condescendante ; et un jour, lors de vacances, un fils Decré se pointe à la maison, rentre sans dire bonjour et demande en insistant bien sur la première syllabe à voir Marie. Mon père outré de cette désinvolture, appelle sa mère sur le même ton : « Maman, il y a Jean Pierre qui veut te parler ! ». Ma pauvre grand-mère, inquiète pour ses honoraires futurs, ne savait plus ou se mettre.

De son coté, Olivier, qui connaissait bien son métier de viticulteur était souvent vexé de recevoir des ordres d’un maître de chais employé des Decré, qu’il considérait comme prétentieux et incompétent.

Mon oncle Olivier et sa femme Henriette habitaient au village, sur la place de l’église, un petit appartement que la tante Nini leur louait à l’étage de l’ancienne boulangerie ; cette dernière s’étant réservé le rez-de chaussé pour la vente de son vin et pour y séjourner si nécessaire.

Ce couple ne put avoir d’enfants, ce qui fut le grand drame de leur vie. Henriette complétait le maigre salaire que la tante Nini versait à Olivier par une activité d’agent d’assurance pour la Mutuelle Agricole.

Ma tante Henriette avait une sœur qui travaillait à Nantes à la Biscuiterie Nantaise (BN). Elle nous fournissait abondamment et gratuitement en biscuits cassés où mal formés qui arrivaient dans de magnifiques boites parallélépipédiques en fer blanc de grande taille. A l’origine ces biscuits étaient destinés aux marins, ce qui expliquait cet emballage.

Olivier était une personne très extravertie. Il avait de très nombreux amis au village qui se retrouvaient souvent au cellier autour du cul d’une barrique vide renversée à déguster le vin nouveau dans des petits verres. On puisait le vin dans les futs par la bonde avec une pipette en verre. On brulait une mèche soufrée pour stériliser l’air qui y était entré et on refermait soigneusement la bonde.

Tante Nini pestait souvent contre Olivier qui selon elle perdait son temps avec ses copains (les CHAUVEAU, DUPAS, PERRAY et bien d’autres, dont je ne me souviens plus des noms) soit au cellier soit à leur rendre des petits services. Mais ce n’était pas à sens unique, les même étaient régulièrement disponibles pour le vendanges ou un coup de main.

L’été, on allait rendre visite aux cousins CISTAC qui, bien que parisiens, avaient une maison à Blanche-lande, et venaient y passer des vacances.  Il avaient, entre autres enfants, une petite fille de mon âge (un dizaine d’années). Elle venait souvent sur le Côte Saint Aubin pour jouer avec moi. Nous étions tombés amoureux et nous promettions de nous marier plus tard.  Nous montions au grenier où il y avait un lit qui servait, à la fin de l’été, à héberger quelque vendangeur. Nous faisions la sieste ensemble, cote à cote, sur ce lit, alors que nos parents pensaient que nous jouions. Un jour, la Tante Nini, étonnée par l’absence de bruit monta et nous surprit plus ou moins enlacés. Quelle affaire !

Un été, mon père et mon oncle entreprirent de grands travaux. On ouvrit une fenêtre supplémentaire dans la chambre de la tante et surtout on réalisa un WC intérieur. Cela nécessita de creuser un puits perdu pour les eaux usées et de poser des conduites enterrées. Ce qui ne fut pas facile, en raison de la présence du rocher à faible profondeur. Bien sur, il était hors de question, vu les maigres ressource de ma grand-mère, de faire appel à une entreprise et ce sont les deux frères qui firent tout le travail.

Je suis retourné à Oudon, assez récemment, après le décès de ma mère pour régler des histoires d’héritage. j’ai trouvé que les lieux avaient perdu beaucoup de leur charme.

Notamment la Loire qui a subit une catastrophe écologique.

j’ai déjà parlé ici des péniches qui remontaient le fleuve jusqu’à Angers. Leur gabarit était limité en étiage par un seuil rocheux en aval d’Oudon, à la sortie du défilé de Champtocé.

Du temps de mon enfance, on faisait sauter de temps en temps un rocher gênant, sans grande efficacité.

Ces dernière décennies, il fut décidé de faire les choses en grand et avec des moyens modernes (Echographie, forages, plongeurs, minage, etc..). On approfondit sérieusement le chenal.

Ceci se traduisit d’une part par une reprise d’érosion qui vit le lit du fleuve s’encaisser dans ses alluvions de plus d’un mètre et ne plus recouvrir nombre de grèves en crue, et d’autre part, par la remontée des marées.

Les grèves n’étant plus que très rarement soumises au courant se sont vues envahir par un fourré impénétrable de ronces, de renouée du japon et autres invasives.

Le lit principal, soumis désormais au battement des marées, est devenu boueux comme un estuaire breton; ne se prêtant plus guère à la pêche à partir du bord et encore moins à la baignade.

Sur la Côte Saint Aubin, la vigne qui faisait face à la maison a vu pousser un lotissement et la vue que nous avions sur le fleuve s’est retrouvée bouchée.

Tante Nini m’avait couché sur son testament me léguant sa chataîgneraie que j’aimais tant. Mais qu’en faire aujourd’hui à 700 Km de mon actuel lieu de résidence ? J’ai du la vendre pour le prix du bois.

Enfance

Je suis né prématuré. Peut-être trop pressé d‘émerger après la guerre (Mon père avait été prisonnier 5 ans en Allemagne). Ma vie a commencé dans une couveuse sous l’œil de parents inquiets de mon devenir.

En 1946, ces derniers habitaient une petite maison à Saint Lambert des Levées, dans la plaine de la Loire. Juste derrière les digues qui protègent des crues du fleuve. L’hiver, c’est un lieu humide et froid, sujet aux brouillard.

La légende familiale raconte que je tenais dans un carton à chaussures remplis d’ouate qui me servait de berceau.

L’hiver 1946-1947 fut particulièrement difficile. La Loire monta fort haut derrière les levées et par infiltration, la plaine fut inondée. L’eau se glissa dans la maison et l’on dû surélever les meubles sur des pierres et moi aussi sur la table de la cuisine. Malgré le froid, l’humidité et les maladies associées qui rodaient, je survécus.

Mes parents se rendirent compte qu’il n’était pas raisonnable de passer un second hiver dans ces conditions et, bien que leurs revenus aient été, à l’époque, fort modestes, trouvèrent une location, plus saine, sur la terre ferme, rue de Terrefort, à Bagneux.

L’inconvénient était que mon père travaillait à l’opposé de la ville et devait chaque jour, quelque soit la météo, faire une dizaine de kilomètres aller et retour d’abord en vélo, vite remplacé par un cyclomoteur.

Autant que je me souvienne, c’était une maison basse, sans étage, tout en longueur avec les pièces alignées de telle façon qu’il fallait passer de l’une à l’autre pour y circuler. La propriété disposait d’un jardin entouré de hauts murs de tuffeau, comme c’est la tradition en Anjou. Ce jardin était presque entièrement occupé par un potager et quelques arbres fruitiers. Je ne souviens aussi des lapins dans leur cages sous un appentis.

Est-ce que ma vocation de géologue se manifestait déjà ? Cette anecdote qui est un de mes premiers souvenirs qui me restent de l’époque, pourrait le laisser penser.

Dans l’angle d’un carré provisoirement inoccupé du potager, j’avais entrepris de creuser un trou avec ma pelle de plage. Ce qui n’était pas tout à fait du goût de mes parents. « Tu va te salir ». Néanmoins, je continuais de jour en jours avec constance, bénéficiant d’une temporaire tolérance de mon père ; jusqu’à de qu’il juge que cela avait assez duré. A la question « pourquoi tu fais ça ? », j’avais répondu : « pour voir ce qu’il y a en dessous de la terre. ». Mon trou fut rebouché de quelques coups de pelle de jardinier et je dû m’intéresser à autre chose.

J’eus un frère, Xavier, pour quelques jours, car encore plus prématuré que je l’avais été, il ne survécu pas plus d’une semaine. Après une troisième tentative qui se termina par une fausse couche, mes parents durent se résoudre à ce que je reste fils unique. Peut être est-ce à cause de cette situation que je me suis très longtemps considéré comme inférieur à mes petits camarades et ais développé une timidité qui me sera souvent préjudiciable.

Je compensais (et certainement, encore inconsciemment aujourd’hui) ce complexe en essayant d’être original par rapport aux autres et par là d’attirer l’attention sur moi.

Etait-ce en fin de primaire ou en sixième, l’instituteur ou un professeur nous avait demandé de relever des numéros de plaques d’immatriculation de voitures (probablement pour introduire l’apprentissage des départements). Comme, je ne pouvais, bien sur, pas faire comme les autres, je persuadais mon père de m’emmener à la gare sur son cyclomoteur pour relever les numéros de wagons de marchandise! Je ne me souviens pas de la réaction de l’enseignant à qui j’avais dû rapporter timidement ma liste, mais très fier en mon fort intérieur.

C’est à cette même époque que l’entreprise où travaillait mon père décida de s’agrandir et comme il avait accédé au poste de chef du personnel, de lui attribuer un appartement dans la nouvelle construction. Mon père fut largement associé à ces travaux et je me souvient d’être allé, toujours sur le port-bagage du cyclomoteur, voir les impressionnantes machines qui foraient des pieux dans le sable de Loire.

Mon père travaillait dans une graineterie, entreprise qui cultivait et faisait cultiver des graines pour les semences (légumes et fleurs); les triait, les nettoyait, les traitait, si nécessaire, contre les attaques d’insectes et les mettait en paquet pour la vente. L’entreprise disposait d’un laboratoire où l’on réalisait des sélections et des hybridations et d’une ferme expérimentale à Saint Lambert des Levées.

Il était rentré à la Maison Boret à 14 ans avec son seul certificat d ‘étude et grâce à son sérieux, son intelligence et sa curiosité pour tout ce qui était technique était rapidement monté dans la hiérarchie de l’entreprise pour en être, en gros, le numéro 3 dès les années 60.

C’est dans cette entreprise qu’il avait rencontré, avant guerre, ma mère, qui était alors secrétaire du patron : Victor Boret, ingénieur agronome, ministre en 1917 et sénateur.

Ce Victor Boret avait publié pas mal d’ouvrages reconnus sur l’agronomie et plus surprenant, avait vers 1930 visité l’URSS, invité dans de nombreux centres de recherche et fermes expérimentales. Il avait été étonné par les progrès sociaux par rapport à la situation de l’époque en France. Il en était résulté un livre “Le Paradis infernal“ à la fois critique, mais sans pré-jugés, sur le système politique et souvent admiratif des progrès scientifiques et sociaux. Ma mère, très bonne en français, avait contribué à la correction et l’édition de cet ouvrage. j’en ai un exemplaire dans ma bibliothèque.

Donc l’usine s’est agrandie. L’appartement y a été réalisé. Mon père a eu son mot à dire dans son aménagement et à participé à certains travaux (carrelage, peintures…). Et nous avons emménagé, vers 1956, il me semble, puisque la famille à fêté ma première communion en ces lieux.

Le bâtiment qui bordait la rue Gamory à Saumur, comportait 4 niveaux. Un sous-sol où nous avions une cave-garage donnant sur la cour intérieure de l’usine. Le Rez de chaussée abritait notre entrée et un vaste garage à vélo réservé aux ouvriers. Eh oui, à cette époque, bien peu disposaient d’une voiture, et mes parents non plus.

Notre appartement se situait au premier étage et l’occupait entièrement. Le second étage abritait le laboratoire.

Le dernier étage était des greniers.

Nous avions 3 chambres, une cuisine, un grand séjour et des débarras. Toutes les pièces étaient éclairées par de larges fenêtres. Certaines donnaient sur la rue, d’autres sur la cour de l’usine. Nous disposions d’un WC et d’une salle de bain avec baignoire. Pour l’époque c’était un appartement très moderne !

Ma chambre était la plus au fond du couloir. Une porte avec un sas (à cause des poussières) donnait sur l’usine. Ainsi, mon père n‘avait qu’à franchir cette porte pour aller au travail.

Je n’avais, bien-sur, pas le droit d’aller me promener dans l’usine. Mais, quelque fois, ma mère m’envoyait chercher mon père à son bureau lorsqu’il trainait un peu tard. Ce dont je m’acquittais sans rechigner car c’était l’occasion de visiter les lieux, de rencontrer quelques ouvriers qui étaient toujours amicaux. Le bureau de mon père se situait à proximité de l’entrée du personnel et du quai de chargement-déchargement des camions. Toute cette partie des bâtiments était neuve car détruite en 1943-44 par les intenses bombardements qui avaient visé les ponts sur la Loire et la gare de l’autre coté d’un des bras du fleuve.

La partie qui donnait sur le boulevard avait plus ou moins survécu et après rénovation abritait la partie administrative de l’entreprise. Je n’y suis que très rarement allé, malgré mes supplications auprès de mon père. C’était le saint-des saint où travaillait Victor Boret II, fils du premier cité (il y avait aussi son appartement).

Nous habitions dans l’ile de Saumur, entre deux bras de la Loire qui coulait à une centaine de mètres de notre porte.

La Loire avec ses grèves de sable blond, constituait en basses eaux un terrain d’aventure exceptionnel dont j’allais largement profiter. Cependant, elle avait mauvaise réputation à cause de trop nombreuse noyades. Heureusement, le bras nord, le plus proche de la maison était presque à sec l’été et les risques assez limités.

J’ai commencé par aller au lycée d’état pour ma première sixième. J’étais, selon mes professeurs, un élève intelligent, mais distrait, n’en faisant souvent qu’à sa tête.

Un épisode mémorable de cette époque fut l’histoire de la fusée.

J’avais été très passionné par l’album d’Hergé “On a marché sur la Lune“. Mon imagination gambadait sur cette aventure et je dessinais pendant les cours d’histoire des plans de fusées, ne doutant pas qu’un jours j’en construirais des vraies. Le professeur s’en aperçu, confisqua le dessin, et sur un carnet de correspondance resté célèbre dans la famille (je dois d’ailleurs toujours l’avoir quelque part) se moquait gentiment. J’avais dû faire trop de dessins, trop rêver, à la fin de l’année on conseilla à mes parents me ré-intégrer dans la filière primaire et de viser le certificat d’étude.

Pour mon père, qui lui, s’était arrêté à ce niveau contraint et forcé par le décès de mon grand-père, ce n’était pas acceptable.

Bien que pas particulièrement pratiquants, ils prirent contact avec le collège Saint Louis, institution libre catholique, réputée pour la qualité de son enseignement. Je passais un entretien avec Monsieur le Père supérieur qui me jugeât digne de redoubler ma 6° dans son établissement avec la sentence « Madame, cet enfant est intelligent, je vous promet d’en faire quelqu’un ».

Saumur était le siège de la prestigieuse Ecole de Cavalerie. Une journée “portes ouvertes“ avait été organisée. Mes parents m’y avait emmené. J’avais pu visiter un char, tirer au canon sur un simulateur, voir fonctionner une Bellino (l’ancètre du fax) et l’impressionnant moteur rotatif d’un hélicoptère Sykorsky. Tout ce qui était technique et scientifique me passionnait.

J’étais un enfant “chétif“ à la santé fragile et je souffrais d’asthme et rhinites à répétition. J’étais abonné aux soins de l’époque : fumigations où l’on respirait le nez sur une infusion de plantes, pommade révulsive sur la poitrine (qui en général sentait bon et dégageait le nez), bâtonnets Vick, et dans les cas extrême : les ventouses !

l’ablation des amygdales n’ayant pas donnée de résultat sensible, il fut conseillé à mes parents de m’envoyer en cure à la Bourboule. j’y passais quelques mois dans un collège aérium, ce qui n’arrangea pas ma scolarité.

De cette époque j’ai le souvenir de jeux dans une carrière où j’ai découvert l’escalade et de concours à qui mangerait le plus grand nombres de tartines le matin.

J’avais également été très intéressé par le fonctionnement du funiculaire et me souviens encore de son mécanisme hydraulique d’alors parfaitement écologique. Chacune des cabines comportait un réservoir qui se remplissait d’eau grâce à une source à la station supérieure. Plus lourde, la cabine descendante entrainait par un câble la remontée de la cabine montante et de ses passagers. Une fois la descendante arrivée en bas, on vidait son réservoir et il n’y avait plus qu’à recommencer l’opération.

Malheureusement, l’effet de la cure ne fut que de courte durée et il fut décidé de m’envoyer à l’air pur de plus grandes montagnes pour deux ans à Megève dans les Alpes.

Ce fut là un grand tournant dans ma vie, car à 13 ans, je devenais pensionnaire et découvrais la montagne, ce qui orientera toute ma vie ultérieure.

La structure s’appelait l”Ecole d’Arbois.

Un grand père de caractère.

A partir du récit de ma mère peu avant sa mort et traces bibliographiques retrouvées sur internet.

Adrien Alfred CHARPENTIER est né à PERNAY en Indre et Loire le 7 juin 1880.

Son père Lefroy Auguste était, comme son nom l’indique, charpentier.

Adrien Alfred était le dernier d’une famille de quatre enfants.

Son ainé, Armand, pris la suite de son père dans l’entreprise familiale et Adrien, dès le certificat d’étude, partit en apprentissage comme sellier-bourrelier vers l’age de 14 ans.

Le jeune Adrien fit son “tour de France“ comme compagnon. Baignant dans un milieu plutôt anarchiste et franc-maçon, il en gardera une sérieuse haine pour tout ce qui est religion. Mon Grand-père était un “bouffeur de curés“.

A vingt ans, il s’engage dans l’armée pour trois ans. Il est affecté comme cavalier au 9° escadron du train hippomobile. Je n’ai pas d’information sur cette période.

Il est libéré en aout 1903 et s’installe à Nueil sur Layon (Maine et Loire). Un an plus tard, il épouse Marie BAUMARD, originaire de cette paroisse.

Il va alors se lancer dans ce qui sera la grande passion de sa vie : la viticulture.

En 1905, il achète sa première vigne à Nueil, puis de nouvelles parcelles en 1912, ainsi qu’une maison.

En 1905 nait son fils ainé : Henri. On reparlera de lui un peu plus loin.

Il est mobilisé pour la guerre de 14 au 9° escadron de train, mais en raison de ses compétences en sellerie est détaché à l’arçonnerie de Saumur le 24 septembre 1914, puis titularisé en 1916. Il échappera ainsi à la grande boucherie de 14/18.

Ce ne sera pas le cas d’un de ses grands amis qui lui fera jurer avant son départ au front de s’occuper de sa jeune femme au cas où il ne reviendrait pas. Et c’est, malheureusement, ce qui se produisit.

Démobilisé en 1919, il entreprend de monter une exploitation viticole. En 1920, il loue puis achète une maison et des terres au Clos Buisson à Saint Hilaire Saint Florent à coté de Saumur.

En 1921, il achète une maison et des dépendances au Bois Brard à Saint Hilaire Saint Florent, maison qui deviendra la demeure familiale.

En 1932, il loue une cave et des bâtiments annexe à proximité de sa maison d’habitation. Il en deviendra propriétaire plus tard. Ce sera le siège de son entreprise (production, vignification, mise en bouteilles, commercialisation).

Il n’a pas oublié sa promesse à son ami décédé à la guerre : Il a embauchée sa femme pour l’administration.

En 1936 et 1939, il acquiert des terres au Bois Brard qui vont constituer un ensemble important qu’il met en vignes.

En 1940, il achète une petite maison toujours au Bois Brard.
A la veille de la guerre de 1940, l’entreprise, malgré quelques déboires, tourne à plein.

Revenons à son fils Henri. Henri fait son service militaire en 1925 et est libéré en 1928. Mon grand-père décide de l’embaucher dans son entreprise et l’envoie comme représentant de commerce. Il lui a même acheté une voiture (rare à cette époque). Malheureusement, le jeune Henri n’est pas des plus sérieux et même grand train. Vers 1936-1937, c’est la catastrophe. Henri contracte une forte dette de jeu et mon grand-père voit arriver les huissiers. Homme d’honneur, il s’engagera à payer la dette, ce qui l’obligera à vendre quelques unes de ses propriétés (A Nueil probablement). Henri ne perd rien pour attendre et il est sommé de se ré-engager dans l’armée où son père à encore de bonnes relations.

Plutôt que de se conformer au dictat, Henri disparaît. Pendant plus d’un an personne ne sait où il est. Jusqu’à ce que les gendarmes viennent informer le grand-père que son fils est à Hendaye, assez gravement blessé. Il s’était engagé auprès des républicains espagnols. Le Grand père prend le train et va chercher son fils. On le soigne. Mais les revenants d’Espagne ne sont pas bien vus et il faut rester discret. Eclate la guerre de 40 et l’occupation allemande. L’état d’Henri encore handicapé lui évite de partir au STO. Mais les allemands traquent les anciens de la guerre d’Espagne et il faut alors le cacher, d’abord dans la cave (c’est une grande cave à vin creusée sur plusieurs centaines de mètres dans le tuffeau avec deux branches), puis dans un grenier quand vers la fin de la guerre, alors que Saumur est bombardé, les soldats allemands réquisitionnent la cave comme abri. Après la guerre, Henri ira s’installer en Auvergne ; les rapports entre le père et le fils étant plutôt froids.

Quand à la femme de l’ami, la collaboratrice, mon grand-père ne tardera pas à l’inviter dans son lit. Il la logeait dans une dépendance de la maison de famille : la “petite chambre“, puis quand les enfants furent tous partis ; les deux femmes, la légitime, Marie Beaumard et l’illégitime cohabiteront dans la même maison. J’ai un vague souvenir étant enfant, de cette femme, très discrète, cachée même, que je n’ai du rencontrer qu’un ou deux fois et que l’on m’a présenté comme une tante. Mon grand-père régnait en maître sur sa maisonnée et ma grand-mère Marie a gardé le silence et s’est pliée à cette situation. Cependant, catholique très pratiquante, elle le vivait très mal et vers la fin de sa vie, sa raison vacilla et l’on du lui faire subir des soins psychiatriques (cure de sommeil, électrochocs).

Pendant la guerre, mon grand-père était pétainiste, mais vouait une haine farouche aux “boches“. Il n’aimait non plus pas beaucoup les juifs et j’ai souvenir dans mon enfance de réflexions sur la Shoa qui aujourd’hui conduiraient au tribunal.

Une anecdote de cette époque : Pendant les bombardements de Saumur, vers la fin de la guerre, un petite troupe allemande avait réquisitionné la cave pour se mettre à l’abri. Les allemands d’un coté, les français de l’autre. Voilà qu’une de mes cousines, alors enfant, probablement à cause de l’humidité et de la fraicheur du lieu, tombe malade. Forte fièvre et pas de docteur accessible car les ponts avec la ville sont coupés. Or, il se trouve un médecin parmi les allemands. Le Grand-père préfèrerait voir mourir sa petite fille que de s’abaisser à aller solliciter les boches. C’est ma mère qui le fera en cachette et la cousine sera sauvée.

Les allemands étaient très friands des vins français, notamment de ceux du Val de Loire. Ils payaient fort bien leurs achats et les grandes maisons de vin de Saumur ont toutes assis leur fortune sur cette collaboration. Mon grand-père n’a jamais voulu collaborer avec eux. Après la guerre, ne pouvant tenir la concurrence des grandes caves qui s’étaient largement enrichies, il le paya du déclin de son entreprise. Peu à peu, la misère s’installa. Il fallu vendre des maisons et des terres. On arracha la vigne pour tenter d’autres cultures, dont aucune ne fut vraiment rentable. Son second fils était handicapé mental suite à une polyomélite, ce qui entrainait des frais supplémentaires. Ce sont mes parents qui maintinrent tant bien que mal cette maisonnée financièrement à flot jusqu’au décès des grands-parents.