P265 au Parmelan ou Tanne du Bel Espoir

Plateau du Parmelan, massif des Bornes

5 juin 1976

Avec Pascale LAVIGNE

Un pendule dans le puits de 40 m à 10m du fond nous amène à un méandre qui présente un bon courant d’air. Le méandre donne sur un toboggan de 20 m puis sur un puits de 25 m.

Au bas de ce dernier, la suite, n’est pas évidente. Cependant, une chatière présente du courant d’air. Franchie, je débouche dans un étroit boyau qui se termine par une étroiture d’argile infranchissable sans désobstruction.

Pendant une heure, je pousse la terre avec les pieds et l’entend rouler longuement au dessous dans un toboggan. Enfin, après avoir également usé du marteau, ça passe…  Derrière, une galerie inclinée à 60° va en s’élargissant progressivement. Je dois m’arrêter faute de matériel sur un ressaut vertical. Nous remontons persuadés que nous tenons le bon trou qui jonctionnera avec la rivière souterraine de la Diau.

Puits 265 au Parmelan

Plateau du Parmelan, massif des Bornes

29/05/1976

Avec Gérard Franconnie

Arrêt au fond d’un puits bouché. Il reste deux puits parallèles à descendre.

Au voleur !

Le Trou qui souffle est un réseau souterrain très important qui s’ouvre dans le talus d’une route forestière sur la commune de Méaudre dans le Vercors.

Cette cavité, assez facile de parcours, finissait, avant nos nouvelles explorations, par un petit ruisseau souterrain appelé “la rivière de la Toussaint“ buttant sur un siphon. D’accès aisé et proche du village ; c’est un lieu d’initiation à la spéléologie très prisé des clubs et des centres de vacances.

En 1980, nous découvrions un passage qui nous donnait accès à un fantastique réseau inférieur de grandes galeries, se développant sur plusieurs kilomètres.

C’est au cours d’une de ces explorations que c’est déroulée l’aventure que je vais vous conter.

C’était, il me semble, en janvier ou février de l’année 1981.

Relativement tôt ce dimanche matin, car l’expédition promettait d’être longue, Baudouin et moi, avions laissé notre voiture au terminus déneigé de la route et monté dans la neige jusqu’à l’entrée.

En raison de rumeurs de pillage de voitures sur le parking qui servait aussi de point de départ d’une piste de ski de fond, nous avions pris la précaution d’emporter nos papiers et les clef de la voiture dans un petit sac à dos que nous comptions cacher à l’intérieur de la cavité dans une galerie annexe, au sommet de la première verticale.

Comme les explorations se succédaient de week-end en week-end depuis déjà un certain temps, nous laissions les cordes en place d’une visite à l’autre.

Donc, nous voilà, une fois le sac posé, filant vers le fond et de nouvelles découvertes.

Les kilomètres de vastes galeries nouvelles s’ajoutaient les uns aux autres sans grandes difficultés jusqu’à ce que nous buttions sur un lac se terminant par une voûte basse nécessitant d’être franchie en canot ou à la nage. Nous n’étions pas, ce jour là, équipés pour, et sagement, l’heure avançant, décidons de remettre la suite à un autre jour.

Nous remontons la succession de petits puits qui nous ramènent vers la surface sans autre difficulté que la fatigue accumulée sur une quinzaine d’heures. Arrivés au pied de la dernière verticale de dix mètres précédant la sortie, une désagréable surprise nous attend : la corde a disparu !

Nous sommes trempés sous nos combinaisons jaunes suite à de nombreux passages dans l’eau et il n’est pas question de rester là à attendre d’hypothétiques secours dans le courant d’air glacial qui nous apporte par bouffées, depuis l’extérieur, quelques flocons de neige.

Baudouin jauge l’obstacle et estime l’escalade possible. En effet après quelques pas assez osés sans assurance, il atteint le sommet du puits et découvre la corde lovée à proximité de l’amarrage. Quelqu’un ne sachant pas qu’il y avait une autre équipe dans le trou à préféré la ranger là, la mettant hors d’eau en cas de crue.

Baudouin libère la corde et me la lance dans le puits que je remonte aux bloqueurs, heureux de pouvoir me réchauffer un peu.

Il ne nous reste plus qu’à récupérer le sac à dos avec les clef de la voiture et nos papiers et filer nous changer avant reprendre la route pour Grenoble. Mais , nous avons beau chercher, le sac à disparu !

Il est une ou deux heures du matin et dehors siffle une méchante tempête de neige. Nous nous extrayons du trou et prenons la route en direction du parking. La voiture de Baudouin est bien là, toute seule, recouverte de blanc. Un fol espoir qu’elle soit mal fermée, ou que nous puissions trouver une combine pour y entrer et nous changer de vêtements secs, est vite déçu. A travers une vitre essuyée, nous jetons un bref coup d’œil à nos chères doudounes inaccessibles. Il ne nous reste plus qu’à continuer notre chemin vers le village. Les combinaisons sont devenues craquantes, les doigts que nous essayons de protéger en les enfilant par la fermeture éclair de la combine entrouverte, gèlent, ainsi que les pieds dans des bottes qui font « floc-floc“ à chaque pas. Les rafales de neige ont depuis longtemps éteint nos frontales acétylène et les électriques aux piles fatiguées, ne sont plus que des lumignons.

Enfin les premières maisons, sans la moindre lumière. Nous n’osons pas aller frapper aux portes, n’étant pas certain qu’elles soient habitées. Un peu plus loin, un grand bâtiment et une porte-fenêtre éclairée au premier étage. Nous montons l’escalier du balcon et allons frapper à la vitre. Une fois, rien ne se passe, une seconde fois, plus fort, des pas hésitants…

Un homme en pyjama découvre deux aliens en combine jaune, boueux, couverts de neige, puants l’acétylène, grelottants.

Nous nous engouffrons dans la porte ouverte et lui racontons notre histoire. Heureusement, ici, on connait les spéléos et notre hôte, n’est pas trop surpris par notre tenue, mais pas particulièrement enchanté de notre visite d’autant plus qu’avec la chaleur retrouvée, de larges flaques d’eau boueuse se développent à nos pieds.

Nous avons frappé à la porte d’un centre de vacances. Notre homme est le veilleur de nuit. Soyons discrets, il ne faut pas réveiller les enfants.

Première chose, rassurer nos femmes que nous sommes bien sortis de notre trou ; ensuite organiser notre rapatriement à Grenoble. On nous prête un téléphone. Monique, la femme de Baudouin, n’a pas de voiture, mais a un double de clef de celle immobilisée dans la neige. Ma femme a sa voiture propre, mais nous habitons depuis peu à Saint Pierre de Chartreuse à 900m d’altitude. Un coup d’œil par la fenêtre : dehors, au moins 50 cm de neige. Elle en aurait pour une heure à pelleter rien que pour sortir sa voiture et il n’est pas sur qu’elle puisse passer le col de Porte non déneigé à cette heure. Refus, on n’a qu’à se débrouiller.

On dégouline de plus en plus sur le carrelage. Le gars qui nous a accueillis, ne se sent pas autorisé à nous héberger. Dernier recours, nous allions appeler les pompier, quand notre hôte forcé nous fait une proposition. Il nous prête sa voiture, une vieille 2cv, pour renter à Grenoble. Le brave homme ! Nous lui restituerons dès le lendemain en venant chercher la notre.

Nous voilà repartis. Le chauffage de la voiture, à fond, commence à sécher nos sous-combinaisons.

Sortis de Méaudre, la tempête de neige redouble. Dans le vallon qui conduit à Autrans, les pauvres essuie-glace de notre véhicule n’arrivent pas à évacuer la neige que le vent du nord nous jette contre le pare-brise. Les phares buttent sur un mur mouvant et hallucinant de flocons de neige. Nous sommes perdus au milieu d’une route dont nous ne distinguons plus les bords. Je renfile la combine jaune et marche devant pendant que Baudouin progresse laborieusement. Car à petite vitesse, sans élan, dans 15 ou 20 cm de neige, la brave 2cv cale à chaque instant.

Enfin nous gagnons le carrefour de la route de la Croix Perrin. Le chasse neige vient de passer. La forêt retrouvée, nous abrite du blizzard. Vers les 5h du matin nous sommes à Grenoble.

Dans l’après-midi, Baudouin ramène la voiture à son propriétaire et récupère la sienne. Il passe à la gendarmerie porter plainte pour le vol de nos affaires. Les gendarmes seront diligents et retrouveront notre sac dès le lendemain. En fait, un groupe de spéléos en initiation était passé dans le “Trou qui Souffle“ dans la journée. Comme nous, ils avaient entreposés leurs sacs dans l’entrée. A leur sortie, le responsable fermant la marche, avait emporté ce sac qui restait, pensant qu’il avait été oublié par quelqu’un de son groupe. Nous avons retiré notre plainte.

L’avalanche

Dernièrement, comme à chaque débit d’hiver, une brève à la télévision nous annonçait la mort de skieurs pris dans une avalanche. L’invité, un de mes anciens salariés, guide de montagne, devenu expert es risques naturels expliquait le fonctionnement des plaques à vent et la nécessité de s’équiper de DVA (Détecteurs de victimes d’Avalanches). A l’issue de sa pertinente intervention, une fois qu’il eut disparu de l’écran, le présentateur cru bon d’ajouter, en guise de conclusion, que l’on pouvait consulter des cartes de pentes sur le GÉOPORTAIL (site de l’IGN) et qu’en dessous de 30 degrés de pente le risque était négligeable ! Il est probable que ce dernier, peu féru en mesures d’angles, répétant une discussion préalable à l’émissions, confondait degrés et pourcentages.

Quoi qu’il en soit, cela me rappela une aventure vécue lors de mes débuts en ski de randonnée (1972) avec des amis du GUMS de Grenoble.

C’était au mois de décembre et la neige était encore rare. En raison de la brièveté des journées et d’un ciel maussade, le meneur du groupe avait choisi un court itinéraire dans les alpages faiblement pentus du Beaumont.

Nous étions une dizaine de jeunes.

Après avoir longuement porté les skis sur une route déneigée, nous rentrions, enfin, dans une combe largement ouverte, comportant suffisamment de neige pour chausser les skis.

La route s’élevait doucement en travers du versant et à peu près à une centaine de mètre du fond du talweg.

La neige, soufflée par le vent, était dure et mate et nos skis accrochaient mal sur cette croute qui de temps en temps se tassait avec un “pouf” inquiétant. C’est pour cette raison que le premier, le plus expérimenté, conscient du risque, nous avait demandé de garder une distance entre nous et de progresser préférentiellement sur la bande d’herbe qui affleurait au talus aval de la route.

La pente de l’ensemble du versant, débonnaire, ne dépassait pas 15 °.

Il eut un moment où l’herbe s’interrompit, et le premier puis le second, le troisième s’engagèrent sur un monde uniformément blanc, indécis dans le jour blanc.

J’étais dans les derniers, les skis encore sur l’herbe quand le paysage, devant moi, a, d’un coup, semblé doucement se gondoler puis glisser silencieusement vers le fond de la combe entrainant mes camarades. Persuadé qu’ayant, pour ma part, encore les pieds sur la terre ferme, je ne risquais rien, je concentrais mon attention à suivre l’évolution du phénomène devant moi. Je vis mes camarades être entrainés les uns après les autres et je tentais de suivre autant que possible leur trajectoire. C’est çà ce moment là que je sentis une irrésistible poussée me faucher au niveau des jambes et je me retrouvais couché voguant sur une plaque mouvante qui bientôt se fractura en de multiple boules. Je luttais pour surnager quand tout s’arrêta au fond du vallon. Mes compagnons, dont, par chance, aucun n’avait été enfouis se relevaient et commençaient à dégager skis, sacs et battons de la neige. Une grande zébrure, un peu sous la crête qui nous dominait, parcourait tout le versant : la ligne de décrochement de la plaque à vent.

ligne de décrochement d’une plaque de début d’hiver (Dévoluy)

Une fois rassemblés, comptés et remis de nos émotions, nous avons prudemment entrepris le retour vers la vallée.

En conclusion : nous nous en étions tiré à bon compte. Si la pente avait débouché sur une barre rocheuse, un ravin où la neige se serait entassée, ou toute autre configuration moins favorable, l’issue aurait pu être dramatique. De ce jour là est resté gravé dans ma mémoire pas mal d’indices annonçant la présence de ce piège à skieurs (ou raquetteurs) et la certitude que le phénomène peut se déclencher, même dans des pentes très modérées.

La configuration était probablement, ce jour-là, la suivante :

manteau neigeux peu épais dans l’ensemble (30 à 40 cm) ;

première neige reposant sur de l’herbe : pas de sous-couche ;

versant sud où le vent du nord avait déposé et durcit en surface la neige transportée depuis l’autre coté de la crête ;

temps froid et pas de réchauffement depuis la dernière chute de neige assez ancienne avec destruction des liaisons entre grains de la couche au contact du sol encore relativement chaud (neige à bille et herbe couchée constituant la surface de glissement).